APIdou : Le doudou avec une API
26 août 2016

APIdou, bien plus qu’un objet connecté, une peluche à part !

Composée d’Ilann Adjedj, étudiant à l’école 42, et Rémi Bouton, journaliste, issu des radios pirates des années 70, Apidou forme un duo de makers atypique et attachant.
Nourris par une passion créative commune, ils créent le dialogue numérique du futur entre enfants et parents. Si aujourd’hui, vous galérez à construire le vaisseau spatial Lego du petit dernier, comment vous intégrerez-vous dans l’univers numérique des générations X,Y ou Z ? C’est là qu’intervient APIdou : une passerelle entre un objet technologique et un objet culturel. Les vainqueurs du concours de l’inauguration de la Cité, souhaitent ainsi transmettre leur virus créatif : “C’est important de savoir faire soi-même, cette capacité à construire le monde autour de toi, ça apporte de la liberté !”.

Rencontre avec Rémi, un passionné passionnant.

Pouvez-vous vous présenter et présenter votre équipe ?

Apidou, c’est deux personnes : Ilann, étudiant au 42, l’école de Xavier Niel, passionné de photo et de son, et travaillant pour l’association « Les petits débrouillards » qui propose des ateliers pédagogiques scientifiques pour enfants. Moi-même, je suis journaliste dans les industries culturelles, issu des radios pirates des années 70. J’ai gardé cette philosophie de vie “un micro dans une main, un fer à souder dans l’autre”. Je suis donc resté un peu geek et très intéressé par l’innovation et à la manière dont le numérique change le monde.

Nous nous sommes rencontrés lors d’un événement organisé par l’ADAMI, qui avait pour but de permettre aux professionnels de la culture de s’approprier les nouvelles technologies et d’inventer des nouvelles formes de création ou de médiation culturelle.

Et c’est ainsi qu’est né APIdou ?

L’idée de base était de proposer un spectacle interactif pour les tout petits. Il n’était pas possible de leur mettre un smartphone dans les mains. Il fallait donc créer une interface qui permette aux enfants de s’exprimer sans avoir le nez collé à un écran ! D’où l’idée d’une peluche sensible aux mouvements et au toucher, permettant aux enfants de commander n’importe quel objet connecté tout en regardant le spectacle.

APIdou se définit comme une interface sans écran, sans bouton, ne nécessitant pas de savoir lire et écrire.

Pourquoi APIdou ?

L’idée était de rendre de l’humanité à l’IoT. Les objets connectés sont souvent assez rigides et froids et nous souhaitions amener de la chaleur dans cet univers technologique. Ce qui est essentiel quand on s’adresse aux touts petits…

Nous avons également fait un constat : pour toutes leurs actions de leur vie quotidienne, les enfants ont accès au monde du numérique uniquement en utilisant les interfaces de leurs parents.

Résultats, des tout petits utilisent des télécommandes, des tablettes ou smartphones… Des objets absolument pas adaptés aux enfants !

API + doudou = APIdou ?

APIdou, c’est effectivement un doudou avec une API, mais c’est beaucoup plus qu’un doudou ou une simple peluche. Maintenant, l’image du doudou est importante, car cela symbolise également une accessibilité totale. Or, nous voulons faire d’APIdou, un objet que tout le monde doit pouvoir s’approprier pour en faire ce qu’il veut.

APIdou, bien plus qu’un objet connecté, une peluche à part

Quelle vision avez-vous du marché de l’IoT pour les enfants ?

Aujourd’hui, seuls les adultes commencent à s’approprier l’Iot et les objets pour enfants sont des trackers qui permettent de mieux les surveiller. Nous pensons qu’il existe un marché de l’Iot pour les enfants avec des objets qu’ils peuvent s’approprier en toute confiance, des jouets, des interfaces, des outils pédagogiques. Le marché de l’Iot pour enfants est très prometteur.

Evidemment, il y a beaucoup de parents qui en ont encore peur. Qui pense qu’il est trop tôt pour connecter leurs enfants. Au contraire, il faut leur permettre aux enfants de s’approprier ce monde connecté qui est aussi le leur, mais avec leur propres objets.

APIdou est une porte ouverte sur les mondes numériques et offre pleins d’usage possibles et de raisons de laisser l’enfant découvrir cet univers, que se soit sur le plan ludo-éducatif, créatif, domotique, communicationnel…

Au final, vous êtes très loin de ces problèmes de sécurité des données que l’on pourrait reprocher à ces objets ?

Effectivement, quelque part, APIdou est un faux objet connecté. Il n’est d’ailleurs pas connecté à un cloud à la base. L’enfant peut ainsi avoir une totale confiance dans l’objet : il n’y a pas besoin d’ouvrir un compte, ni micro, ni caméra, ni aucune donnée personnelle…

Maintenant, chacun est responsable des usages qu’il va en faire. On cherche aussi à responsabiliser les parents. L’outil n’est pas prévu pour capter de la donnée, mais  si l’on souhaite savoir quand son enfant touche pour la première fois et la dernière fois de la journée son APIdou pour déterminer combien de temps il a dormi, c’est possible. C’est aux parents de faire leur choix.

Où et quand pourra-t-on se procurer un APIdou ?

Pour l’instant, nous sommes en développement bêta. On est descendu avant l’été sur Angers pour imprimer 36 cartes à la Cité de l’Objet Connecté. On les a intégrées, mais il nous reste de la couture à faire et pas mal de petites choses à régler au niveau du prototypage.

On commence à confier l’APidou à des bêta-testeurs. Côté grand public, ce n’est pas avant l’année prochaine, car il nous reste à résoudre des questions de mise aux normes, d’industrialisation et commercialisation.

Comment voyez-vous votre société dans 5 ans ?

Notre ambition à 5 ans, c’est qu’APIdou devienne un nom commun un peu comme Arduino. Il faut arrêter de donner aux enfants des objets numériques pour adultes, en disant que le numérique c’est dangereux alors qu’il faut simplement leur donner des objets numériques pour enfants.

Maintenant, la route est encore longue, on prévoit de lever des fonds, de lancer un crowdfunding en fin d’année…

Qu’apporte votre collaboration avec la Cité de l’Objet Connecté ?

La Cité nous a apporté beaucoup…

En tant que Parisiens, on n’était a priori pas voués à se diriger vers Angers puis nous avons gagné le concours d’inauguration. Cela nous a permis d’acquérir une certaine crédibilité. Ce fut également une prise de conscience de toute la problématique de l’industrialisation d’un objet depuis son prototypage.
C’est bien évidemment une énorme aide sur toute la partie électronique. Il y a toutes les compétences et le matériel nécessaire pour développer, mesurer, prototyper et produire. Il n’y a pas d’équivalent à Paris sur l’électronique ! Si on a aujourd’hui notre carte, c’est grâce à la Cité. Sur la partie objet, nous avons eu plein de conseils au niveau du design, et bien qu’APIdou soit une peluche, les imprimantes 3D ont une utilité.)

Enfin, cela nous apporter un petit ancrage à la Ville d’Angers. On se sent en partie Angevins, on appartient en quelques sortes à cette scène numérique locale et c’est vraiment agréable. On va d’ailleurs commencer à travailler des écoles sur place comme l’ESSCA. On profite de ce réseau très favorable.

Sans oublier de la motivation et de la persévérance… C’est important. Au final, sans la Cité, ce projet ne serait pas où il en est. C’est un véritable un accélérateur.

Des projets en tête ?

On a la tête dans le guidon sur APIdou, mais on imagine justement tout un tas d’usages et développements autour de cet objet.

On pense à l’éducation au code pour les petits : une peluche est une interface plus sympa qu’un clavier et une souris… Et plus largement dans le domaine de l’éducation où, Apidou pourrait être utilisé pour apprendre et interagir en salle de classe. On imagine également des usages dans le domaine médical, que ce soit pour l’enfance avec handicap ou des enfants malades qui pourraient plus facilement communiquer avec le personnel soignant grâce à ’APIdou… Ou dans le domaine de la domotique, en développant des applications permettant à l’enfant de commander tout l’univers numérique de sa chambre.

Un conseil pour de futures startups ?

C’est difficile de donner des conseils quand on n’a pas encore réussi… Mais c’est avant tout, d’y croire et de persévérer. Issu de cette culture maker, je pense qu’il faut “mettre les mains dedans”, essayer, expérimenter et ne pas avoir peur d’échouer.

Que pensez-vous de la Ville d’Angers ? Un coin préféré ?

Je connaissais un peu via notamment des conférences lors du Festival Premier Plan, mais je constate encore ce décalage par rapport à Paris. On ne sent pas ce “stress parisien” alors qu’il n’y a que 300 kms d’écart !

C’est finalement une bonne taille pour activer son projet dans sa première phase. Après, je pense qu’il y aura toujours besoin de monter sur Paris pour une startup, mais pour s’y installer et commencer à développer son projet, c’est un super endroit. Si j’avais quelques racines angevines, j’aurais sérieusement pensé à m’y installer.

J’apprécie particulièrement les petits festivals devant la Maine en face du Quai ou le Chabada dont j’ai d’ailleurs, connu l’ouverture il y a près de 25 ans… C’est des endroits vraiment agréables !