Aurelie JEAN © OCTAVE
30 janvier 2018

Aurélie Jean déchiffre le code !

Coder. Ce mot devient courant dans notre vie de tous les jours et pourtant… Pourquoi ces milliers de langages informatiques nous font-ils si peur ? Alors que les algorithmes s'infiltrent toujours plus dans notre société, les développeurs restent une espèce rare s’exprimant étrangement pour le commun des mortels.
“Tout le monde va devoir savoir coder pour avoir les mêmes éléments de langage afin de mieux se comprendre” nous dit Aurélie Jean. Cette scientifique, numéricienne et entrepreneure tend à former nos esprits pour mieux appréhender le monde de demain. Rencontre.

  • Bonjour Aurélie, vous êtes scientifique, codeuse et entrepreneure… Pouvez-vous nous présenter ces multiples facettes ?

De formation je suis docteur en sciences numériques des matériaux. Je développe des modèles mathématiques que je code dans un programme informatique afin de simuler des phénomènes divers pour comprendre leurs mécanismes et de faire des prédictions. J’ai appliqué mes qualifications dans de nombreux domaines tels que l’ingénierie, la médecine, l’éducation ou encore l’économie et la finance. J’ai fondé ma première entreprise en 2016, une agence de conseil basée à NYC (USA).

Je suis actuellement cofondatrice et CTO-CIO de la startup MixR basée à Los Angeles (USA). Durant mes années de recherche en sciences, et en particulier mes 7 années de chercheuse aux USA, j’ai développé ce caractère d’entrepreneure. Il y a, je pense, de nombreux métiers dans lesquels les individus développent logiquement des caractéristiques évidentes d’un bon entrepreneur. On parle également d’intrapreneuriat pour évoquer l’entrepreneuriat en entreprise.

Aurelie Jean - © OCTO Technology

Aurelie Jean – © OCTO Technology

  • Pouvez-vous nous présenter MixR ?

Nous sommes 4 co-fondateurs, une team de rêve avec des compétences complémentaires et uniques ! MixR, actuellement disponible aux US, est un réseau social intelligent qui a pour but de réactiver l’engagement des membres des organismes à but lucratif ou non lucratif afin de permettre aux organisations d’étendre leur impact et donc leurs actions.

L’idée est de recréer des liens concrets entre nos membres, de mettre en avant leurs talents afin qu’ils puissent se ré-engager dans leurs organisations de façon durable et impactante pour eux et pour leurs organisations. Nous combinons technologie et rencontres humaines pour atteindre notre but.

  • Vous êtes devenue une représente de la Tech auprès des femmes, ce “role models” vous tient-il à coeur ?

Absolument ! Je veux être ce “Role Model” que je n’ai pas eu moi-même dans les sciences numériques durant mes études ou ma carrière. J’ai eu de nombreux Role Models dans mon entourage, hommes et femmes, mais aucune femme dans le milieu du code et des mathématiques.

Cela ne m’a pas empêché de devenir qui je suis, mais je sais également que c’est plus difficile et j’aimerais engager plus de femmes à suivre mon chemin, dans mes études ou ma carrière. Nous avons besoin de diversité dans le développement des outils numériques afin d’assurer un monde technologique dimensionné pour tous, en évitant ces fameux biais algorithmiques (article du 7 décembre dans Le Point).  

  • Pourquoi et comment encouragez-vous tout le monde à coder ?

Le monde technologique et numérique est en train de re-créer notre tissu social, et seule une petite poignée d’entre nous, les scientifiques et développeurs, comprend réellement cette révolution.

Il est urgent selon moi que tout le monde s’engage activement dans une meilleure connaissance technologique de notre société, afin d’en comprendre les enjeux, les menaces, mais aussi les opportunités. Les débats doivent être inclusifs et refléter les besoins et réflexions de toute notre société.

Mon idée ? Apprendre à coder ! Le code étant le socle des innovations actuelles et futures, il est selon moi important de comprendre ce qu’est « coder ». Sans devenir des développeurs informatiques, les individus doivent approcher cette discipline afin de lui donner du sens, de connaître les termes, et de développer un sens critique autour des grands sujets de notre époque, et en particulier ceux de l’intelligence artificielle. J’essaie autant que je peux d’argumenter sur cette idée à chacune de mes interventions orales ou écrites.

Concrètement, je propose des formations sur deux jours en collaboration avec Alain Buzzacaro  d’Octo Academy (Octo Technology) qui se nomment #Coding4CLevels. Cette formation est une combinaison intelligente et intelligible d’analytique, d’agilité (méthodes managériales) et en code informatique, comprenant présentations, ateliers et discussions.

Les gens y arrivent souvent intimidés voire apeurés et repartent en ayant écrit un algorithme ! Il y a une vraie démystification de la discipline qui permet aux gens d’être plus à l’aise lorsqu’il doivent parler avec des équipes techniques ou développer une vision d’entreprise.  

 

Il est également possible d’apprendre seul en ligne notamment sur codecademy ou en groupe avec Le Wagon. Maintenant, je pense que c’est quelque chose qui doit venir des entreprises via des formations en interne pour préparer les salariés à un univers auquel ils seront forcément confrontés.

Il existe finalement de nombreux biais entre les nouvelles technologies, c’est le cas par exemple entre l’IoT et l’IA qui utilisent de la donnée. Or, selon moi, tout le monde doit être responsable de ces datas, pas seulement les développeurs, mais également les utilisateurs. Une entreprise qui développe ce genre de nouvelles technologies doit comprendre ces biais pour pouvoir mieux les détecter et ainsi développer son sens critique sur le produit développer. Or cette première approche du code permet de comprendre ces notions, et savoir comment elles se propagent.

  • Quel regard portez-vous sur l’IoT ? Avez-vous un secteur qui vous intéresse particulièrement ?

L’IoT est né de la possibilité de collecter et d’analyser des données toujours grandissantes, son histoire est fascinante ! Je suis curieuse de voir ses utilisations, je suis fascinée en particulier des utilisations et de son potentiel dans la médecine.

J’observe également avec un oeil critique les applications et leurs conséquences sur notre quotidien et nos libertés, en particulier sur des questions de data privacy. Ce qui m’intéresse beaucoup est l’influence de l’IoT sur la manière dont les business models se sont réinventés. J’ai récemment lu le livre The Inversion Factor coécrit par Kenneth Traub, Linda Bernardi, et Sanjay E. Sarma, et qui traduit assez justement et avec des cas concrets la transformation opérée dans la manière de travailler, de concevoir et de vendre un produit !

Aurélie Jean

Aurélie Jean et Emmanuelle Leclerc

  • Quels sont vos conseils pour les jeunes entrepreneurs / entrepreneuses ?

L’entrepreneuriat, dans ses débuts en tout cas, peut très facilement vous isoler, seul ou avec vos co-fondateurs. Il est important de toujours garder la tête hors de l’eau. Avoir la tête dans le guidon peut vous empêcher de voir les opportunités ou de les déclencher.

Les réussites sont faites de travail, de patience, d’engagement, mais aussi d’opportunités et de rencontres. Il faut se pousser à aller aux évènements organisés pour les entrepreneurs, aller à des séminaires ou des salons dans des domaines plus ou moins liés avec celui de votre venture.