Iot IA - Cartesiam
24 avril 2017

Avec Cartesiam, l’Intelligence Artificielle nous rend plus humains

Entrepreneur fou, maker de génie, la curiosité a trouvé son égérie : François De Rochebouët ! Il se présente comme un hacker, dans le sens positif du terme, en détournant votre miroir ou votre tapis pour en faire autre chose… Issu de l’ESIEA Paris, il a déjà de nombreuses startups sur son CV : créateur du réseau social Hellotipi.com, cofondateur de l’agence ApiCube, il nous présente aujourd’hui Cartesiam, et plus généralement sa perception d’un concept très tendance actuellement, l’intelligence artificielle.

Cartesiam : une intelligence collective

S’il fallait un début à cette histoire, c’est à Buenos Aires que l’aventure a commencé avec la création de l’agence Apicube, spécialisée en développement d’application mobile. La boîte s’est rapidement orientée vers du big data analytics (étude des réseaux sociaux et reportings) pour de grands groupes tels que le PSG, SFR, Veolia, la ville de Toulouse… La donnée devient alors une source d’inspiration et il y a un an et demi maintenant, un nouveau projet de startup autour de l’intelligence artificielle embarquée voit le jour : Cartesiam est née.

Ajourd’hui complétée par deux membres avec un CV tout aussi impressionnant que celui de François, le responsable technique de la structure.

  • Joël Rubino, le directeur général. En tant que Vice Président en charge de la transformation digitale d’IBM France, il en a également dirigé les ventes et le marketing en Europe. Il est responsable de la partie commerciale et marketing.
  • Michel Rubino, le président. Avec 25 ans d’expérience en tant que PDG d’une grande entreprise de la distribution, il est le responsable de la partie administrative de la startup.

Cartesiam a commencé à développer des prototypes et des produits autour d’une IA originaire de San Francisco. Cette technologie a été créée par des chercheurs français spécialisés dans le domaine et se caractérise par une forme de « machine learning » légère et peu gourmande en énergie. Aujourd’hui, hébergée à la Cité de l’Objet Connecté, la start-up engage un premier employé en tant que chercheur en Intelligence artificielle pour le mois de mai, un embryon d’équipe technique voit ainsi le jour !

De nombreux postes très spécifiques sont d’ailleurs à pouvoir sur le site de cartesiam.com.

Et l’objet s’éveille…

Un des premiers produits développés par Cartesiam est un analyseur de vibrations. A destination de la smart industry et des smart cities, ce capteur qui se présente comme un boîtier de la taille d’un jeu de cartes, a pour objectif d’être à même de monitorer les machines sans les arrêter.
Placé par exemple sur un moteur, il va apprendre ses vibrations caractéristiques pour être à même de détecter tout décalage de la signature vibratoire de celui-ci. Capable d’enrichir son savoir semi-supervisé, c’est une sorte d’audit permanent. Actuellement en tests au sein de sites industriels lourds ou par exemple comme détecteur de fuite dans une canalisation, le projet est prometteur.

Smart Mirror - IoT

Cartesiam a également travaillé sur le développement d’un miroir connecté faisant appel à différents systèmes de machine learning pour un grand groupe de cosmétique. Ce miroir a été conçu comme une interface de dialogue entre le consommateur et la base de savoir du fabricant. Plus besoin d’expert pour vous conseiller, le détail de chaque produit vous est communiqué en temps réel !

La Cité de l’Objet Connecté, un lieu d’émancipation pour Cartesiam

« La Cité nous aide tout d’abord d’un point de vue très concret avec cet espace et les équipements pour réaliser nos prototypes, » explique François.

La carte qui va contenir tous les composants électroniques qui sont nécessaires au bon fonctionnement de l’analyseur de vibrations, par exemple, avec le système radio, la gestion de l’énergie, a été réalisée à la Cité de l’objet connecté, autant pour la conception que la fabrication.

« Mais ce lieu me permet également de confronter mes idées avec une vingtaine de personnes qui ont des compétences complémentaires aux miennes. La Cité, c’est le meilleur remède contre la solitude de l’entrepreneur et j’estime qu’il n’y a rien de plus dangereux que le secret. Je n’ai jamais vu une startup couler pour avoir partagé son idée, au contraire… La Cité de l’objet Connecté est dans un équilibre entre le professionnalisme d’une usine qui nécessite que les choses soient rangées, organisées et le joyeux bazar nécessaire à la créativité. L’image que j’ai de ce lieu, c’est le laboratoire de Q dans James Bond, c’est des mecs un peu barrés, dans un univers professionnel ! »

Cartesiam - IoT

L’intelligence artificielle, une réalité ?

L’Intelligence artificielle est avant tout un « buzz word » comme ont pu l’être « big data » ou tout simplement le mot « buzz ». Il va donc falloir se méfier et le prendre avec des pincettes, car c’est avant tout fait pour vendre du papier au travers de nombreux articles dignes des meilleurs romans de science-fiction, s’en amuse François….

Actuellement, ce que l’on appelle IA, est liée à ce qu’on appelle le « machine learning », à savoir la capacité des machines à apprendre et à trouver des correspondances dans la réalité. Prenons l’exemple d’un enfant, si on lui montre trois photos différentes de chat, il sera capable de reconnaître tous les chats même s’il n’en n’a jamais vu. C’est la même chose que l’on tente de faire avec les machines en les stimulant des milliers de fois avec différents signaux pour tester leur capacité d’apprentissage.

« Il est donc important de souligner que tout le machine learning repose sur la data. La priorité pour les entreprises est donc d’avoir de la donnée métier. »

Continuons avec cette fois-ci l’exemple d’un imprimeur ayant besoin de lancer une impression en urgence sur des kilomètres de tissu. Il y a toujours une possibilité qu’il y ait un problème comme une buse encrassée ou un cartouche vide, ce qui gâcherait toute la production et représenterait donc un coût.
S’il veut mettre en œuvre une machine intelligente qui soit à même de comprendre qu’il y a un problème et d’arrêter tout de suite la production pour l’avertir, il y a besoin de données pour le définir. Il faut donc dès à présent réfléchir, « est-ce que je peux produire ces données, pour, par la suite mettre en place de l’intelligence artificielle. »

Aujourd’hui, une entreprise doit avant tout réfléchir à une organisation pour mettre en place une stratégie de capitalisation sur la donnée.

Une révolution…

Si le terme révolution est fort, il n’en reste pas moins une réalité. Selon François, « il n’y aura pas de retour en arrière ».

Prenons l’exemple de Google Maps que tout le monde utilise, aujourd’hui : plus personne ne se voit déployer son immense carte de France impliable ! Cette application qui a d’ailleurs appris à quelle vitesse vous roulez et devient capable de prévoir votre trajet à la minute près et ça pour chacun de nous… Mais c’est surtout dans le monde du travail que cela va tout changer. Des métiers entiers vont être touchés par l’automatisation de l’intellect.

« Je précise qu’il ne s’agit d’intelligence, mais d’automates cognitifs à qui on donnera une tâche à imiter. »

C’est Alan Turing qui a créé les prémisses de l’IA avec cette notion de machine pensante. Ce chercheur en mathématiques a travaillé sur le code des Allemands, crypté par la machine Énigma pendant la Seconde Guerre mondiale. Le test de Turing découle de ses travaux qui ont pour objectif de différencier l’homme de la machine. « Or, aujourd’hui, ce n’est encore et toujours que de l’imitation, la machine n’est pas intelligente pour autant, le terme IA est donc complexe».

…mais également de la Science-fiction !

« Il y a une chose que je peux affirmer : toutes les histoires de robot, c’est de la science fiction pure et dure. » insiste François.

Si on est certes déjà des cyborgs comme l’évoque Elon Musk, le web étant une base de savoir accessible via votre smartphone, c’est la même chose concernant les services connectés en général, Google Maps étant par exemple une extension de notre capacité à nous repérer dans l’espace. D’ailleurs, si vous faites cent fois le même trajet avec un GPS, vous ne connaissez pas pour autant le trajet, « c’est bien la preuve que le savoir est resté dans la machine » en rigole François.

Mais en matière de robotique physique, il n’y a pas de révolution tangible, les machines s’améliorent d’année en année certes, mais actuellement les algorithmes d’IA tournent sur des processeurs d’ordinateur classique. Or, cela fait quatre ans qu’Intel, à l’origine de la loi de Moore, la délaisse (cette loi affirmant que le nombre de transistors, l’élément principal qui compose les processeurs, double tous les deux an, et avec eux double également la puissance de nos appareils) ! Nous entrons donc dans une phase où les algorithmes et les composants existent et stagnent, il n’y aura donc plus de bond en avant dans les années à venir.

Si on changeait de technologie avec notamment la notion d’ordinateur quantique, ce qui permettrait de multiplier par quelques millions la puissance de calcul, on changerait alors de paradigme et tout serait possible, mais cela reste actuellement de la science-fiction. Rassurez-vous, il y a donc de nombreux gardes fous techniques avant la venue de Terminator…

Plus humains grâce à l’Intelligence Artificielle ?

Il faut prendre en compte une chose : actuellement, dans le travail de chacun, il y a environ 80% des tâches qui pourraient être automatisées, ce qui pourrait nous permettre de nous concentrer sur les 20% qui ont une valeur ajoutée.

« Il y aura toujours des chauffeurs de taxi à Paris et même si les voitures se conduisent toutes seules, et malgré la mauvaise réputation de ces derniers, il y aura toujours une envie de vivre une expérience chez certains. C’est d’ailleurs ce qui a fait le succès d’Uber : la qualité du service proposé. On vous ouvre la porte, vous propose une bouteille d’eau, il y a du contact, de la conversation… »

Prenons désormais l’exemple d’un expert comptable, un métier qui sera amené à beaucoup évoluer avec la venue de l’IA : si l’on retourne le problème, le métier est actuellement cannibalisé par des tâches lourdes et répétitives. Un expert comptable doit donc faire évoluer sa profession pour rendre plus humaine son approche, par exemple en rencontrant plus souvent ses clients….

Au final, si on évoque une 4e révolution industrielle, ce n’est pas pour rien. En ce qui concerne la première, c’était de tourner les boulons comme Chaplin, une tâche ingrate réalisée par un humain, mais aujourd’hui cela nous semblerait totalement aberrant.
Maintenant, il est évident que dans les métiers où le facteur humain est peu important, au lieu d’avoir dix personnes, on en aura deux. Le marché de l’emploi sera forcément touché par cette innovation. IBM a d’ailleurs fait trembler tous les radiologues dernièrement. L’interprétation des images a été réalisée par leur Intelligence Artificielle, « Watson ». Après qu’elle ait appris un million de radios, lorsqu’on a benchmarké les résultats face à des radiologues, ils étaient quasiment identiques. Si IBM se défend pour l’instant de remplacer tout un pan de la médecine, il faut aussi se poser la question de savoir si, à terme, vous avez envie d’apprendre par une machine que vous avez un cancer ?

C’est une nouvelle fois un exemple qui souligne la possibilité de soigner les rapports humains et le rationnel dans un secteur qui n’a pas le temps de le faire aujourd’hui.

Si François souligne avec humour et passion, les apports positifs de l’IA dans notre société, il rappelle avec fatalisme qu’il n’y a malheureusement aucune révolution qui ne s’est faite calmement, mais toujours dans le sang quand il s’agit d’un changement de paradigme. Tous les secteurs seront touchés mais il y aura toujours des gens qui auront besoin de contact. D’ailleurs, toutes les professions actuelles devraient essayer de chercher la part humaine à cultiver et développer dans son métier, pour se prévenir de l’arrivée de ces assistants intelligents.