CES 2018 - IoT
19 janvier 2018

CES 2018, une prédominance de l’intelligence artificielle !

Quel bilan tirer de cette nouvelle édition du Consumer Electronics Show ? S’il est difficile d’être exhaustif au vu de la dimension impressionnante de ce salon, des tendances en matière de nouvelles technologies émergent tout de même du lot. Pour cette édition 2018, l’équipe de la Cité de l’Objet Connecté était accompagnée par Philippe Michel, en tant que spécialiste et fidèle de l’événement Tech de référence. Il nous livre ses premières impressions. Rendez-vous le 8 février à 14h00 à la Cité de l’Objet Connecté pour découvrir l’intégralité de son débriefing !

  • Emmanuelle Leclerc : Bonjour Philippe, pouvez-vous vous présenter ? 

Philippe Michel : « Je suis un entrepreneur, fidèle du CES depuis 17 ans. Spécialiste de la domotique IP dans les années 2000 ; ce que l’on peut considérer comme l’ancêtre de l’IoT, j’ai créé plusieurs sociétés autour de la smart home. À l’époque, j’étais présent sur le salon pour chercher des fournisseurs et faire de l’acculturation en lien avec mon cabinet-conseil “Convergence Numérique”, j’y accompagne et guide désormais différentes entreprises, et ce depuis 4 ans ».

Philippe Michel au CES 2018

Philippe Michel au CES 2018

  • EM : Comment évolue le CES selon vous ? 

PM : « Il y a une évolution certaine qui se confirme un peu plus chaque année : le salon, à l’origine dédié à l’électronique grand public, propose des solutions plus B2B que B2C ou B2B2C.

Le sujet de la “smart city”, mis en avant cette année, illustre cette transformation. Cette thématique transversale bouleverse autant les domaines du transport, de la santé ou de la construction, mais avec un fort penchant B2B. Au final, le CES propose de plus en plus de solutions qui ne sont pas “Consumer Electronics”.

L’Eureka Park est quant à lui représentatif de l’univers des startups : une grande majorité des idées présentées vont périr, mais c’est de cette émulation que sortent les nouvelles tendances, c’est un bouillonnement formidable.

Parallèlement à cela, le salon ne cesse de grandir avec des nouveaux halls.

C’était déjà immense, cela devient gigantesque. Avec 250 000 m² et 4 500 exposants, c’est impossible de tout voir ! Il y a d’ailleurs de plus en plus d’entreprises qui se greffent à l’événement en proposant des rendez-vous privés à leurs clients (forcément sur place) dans des suites, pour faire des économies de temps et d’argent.

On peut également souligner que l’automobile prend une place de plus en plus importante sur ce salon. Le hall auto a complètement changé : on parlait il y a quelques années uniquement d’entertainment, aujourd’hui on se projette sur la conduite autonome et les assistants à la conduite…

La dimension du hall dédié à la voiture est immense et les innovations propres au secteur débordent pourtant sur les autres ; on pouvait même voir des voitures sur les stands des géants de l’électronique, il y a quelques années, ce n’était pas imaginable !

  • EL : Et la French Tech ?

PM : “Avec 365 représentants français (entreprises, startups, collectivités et organisations), nous sommes la deuxième délégation mondiale, derrière les États-Unis. Concernant les startups, avec nos 274 représentants nous sommes loin devant les Pays-Bas, pourtant troisième sur le podium avec 60 sociétés !

  • EL : Quelle(s) tendance(s) retiendrez-vous ?

PM : “Je vais me permettre une parabole en commençant par les choses que je n’ai pas vues…

Alors que la “greentech” était très présente sur le salon il y a quelques années, son absence totale en 2018 est étrange… La question de l’énergie verte aurait-elle disparue du monde entier depuis que les États-Unis sont redevenus indépendants énergétiquement avec la découverte de nouveaux gisements de gaz de schiste ?

Il y a également un manque fondamental sur la sécurité. C’est de l’inconséquence, voir un jeu d’autruche : les entreprises sont conscientes du problème, mais personne ne se penche pas dessus… et tout le monde s’attend au crash !

Au vu de cette situation, je vois les trois heures de coupure de courant qui ont généré un véritable blackout comme un joli symbole…

CES 2018 - Blackout

Pour revenir sur les tendances technologiques du salon, je retiendrais deux choses :

Prenons l’exemple de la reconnaissance vocale avec les différents assistants personnels, c’est grâce à une IA que cela fonctionne. Mais lorsque Samsung propose de passer de la qualité DVD au 8K, c’est également grâce à une IA mais avec une toute autre approche. Le logiciel a analysé une très grande quantité d’images afin de pouvoir créer intelligemment ce qui manque entre deux lignes d’une image basse définition, afin de la rendre haute définition (upscaling). Cela illustre les nombreuses applications concrètes en lien avec cette innovation, et ce, dès aujourd’hui.

D’un point de vue communication, si l’année dernière, on parlait d’Alexa d’Amazon partout, cette année c’était Google Home grâce à un travail de marketing énorme.

  • La seconde tendance technologique à retenir, c’est l’IoT et son évolution.

Selon moi, nous pouvons dire que ce domaine est passé de l’accessoire à la maturité avec des cas d’usages précis et des produits qui sont plus professionnels. C’est devenu quelque chose de commun inclus dans les cœurs de gamme.

Prenons l’exemple de la santé, les objets connectés sont omniprésents ! On peut citer les Français de Bewell Connect, Legrand ou Somfy qui ont fait forte impression, et c’est la même chose à l’international avec Honeywell ou edevice pour rester dans ce domaine.

  • EL : Quel stand était le plus marquant ?

Même si le stand Samsung m’a beaucoup impressionné, le stand de Bosch est mon favori. Il faut d’ailleurs resituer le fonctionnement de cette entreprise européenne remarquable qui, en tant que fondation, réinvestit ses bénéfices directement en Recherche & Développement : un modèle à suivre en France.

Au-delà de cet aspect, cette entreprise Européenne a une vision extrêmement large.

Leader mondial de l’équipement automobile, fabricant de capteurs, d’électroménager, d’électroportatif, de domotique… Bosch considère la voiture comme le futur “troisième lieu de vie”. Avec la démocratisation de la voiture autonome, la perception des transports va connaître une vraie révolution. Dans cette optique, il mise sur la continuité de service : il faudra ainsi retrouver le même confort de sa maison dans sa voiture ou au travail.

Le stand Bosch est à l’image d’un IoT mature et partout. Leur offre smart city est transversale et couvre tous les domaines : transport, loisir, santé…

Bosch et de nombreuses autres marques ont par ailleurs fait évoluer l’organisation de leurs stand en mettant en avant les usages plus que les produits. Un module radio IoT en LoRa sera présenté au travers d’une application de gestion urbaine. L’approche a vraiment changé et c’est vraiment révélateur de cette évolution du secteur.

Si je devais retenir un stand français, je citerais celui du Groupe La Poste qui se positionne comme un très un bel étendard français. C’est d’ailleurs la seule société de transport de courrier au monde qui propose un stand avec une telle capacité d’innovation et une forte visibilité.

  • EL : Où en est la réalité augmentée au vu de ce salon ?

Cela reste une tendance relativement discrète, car c’est une innovation qui n’est pas encore mature au niveau technologique, mais on peut déjà voir que cela va révolutionner tous les usages, notamment au travers d’une proposition de nouvelles interfaces utilisateur.

Progressivement le smartphone à écran tactile, aujourd’hui omniprésent dans nos vies de tous les jours, va s’effacer, et de plus en plus d’appareils vont prendre le relai sans avoir besoin de cette interface bouton/image.

On peut déjà le constater par l’émergence de la commande vocale ou haptique, ou la vie propre d’appareils sans App mobile, l’objectif étant de proposer une expérience utilisateur plus accessible et moins “geek”.

Cette tendance de simplification peut aussi se voir chez Leroy Merlin qui propose une solution d’agrégation de services “smart home”. Luminaire, thermostat, sécurité… Toute la maison est gérée via une seule et même application. On est encore sur smartphone, mais on voit déjà une évolution en matière d’interface.

Merci Philippe et rendez-vous à la Cité de l’Objet Connecté le 8 février de 14h00 à 15h30 pour un debrief en live du CES 2018.