WEF Atos
2 octobre 2018

La parole au cluster de l'électronique WE Network !

Moteur d’innovation et cœur technologique de nombreux secteurs, la filière électronique vit une évolution pour laquelle le cluster WE Network est un véritable porte drapeau. Sa mission ? Rapprocher les industriels qui conçoivent et produisent l'électronique avec les utilisateurs.

À l'heure où l'Industrie 4.0 s'invite dans les réflexions stratégiques des industriels, le cluster se pose également en référent grâce à son pôle d’expertises en mécanique, informatique et électronique. Comment s'organise le cluster ? Quelles sont ses missions ? La Cité de l'Objet Connecté a rencontré Sébastien Rospide, Directeur de WE Network, pour vous éclairer.

Cité de l’Objet Connecté : Bonjour, Sébastien, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Sébastien Rospide : J’ai commencé ma carrière chez ST Microelectronics en tant qu’ingénieur de développement puis je suis passé dans le conseil stratégique sans pour autant quitter la filière électronique. En tant que consultant, j’ai pu conduire de multiples missions pour des PME et des grands groupes, mais également pour la profession, les syndicats de l’électronique ou encore la Commission Européenne.

Cela m’a permis d’acquérir une vision 360° du marché, de son évolution, de ses tendances et des acteurs qui la composent.

Après dix ans de conseils, j’ai eu envie de traduire ce que je pensais dans des projets concrets. Il se trouve qu’au même moment, il y avait une volonté, dans le bassin angevin et les Pays de la Loire, de structurer et rendre visible la filière électronique et en particulier ses activités de production autour d’une action d’envergure qui pourrait se déployer non seulement à l’échelle des Pays de la Loire, mais plus largement dans une vision Grand Ouest. Il s’agissait de mettre en avant la dimension fabrication de la filière très présente dans l’Ouest qui représente environ 50% de la capacité de production française.

We Network est né pour être le bras armé de cette stratégie, impulser et développer les coopérations au sein de la filière. J’ai intégré WE Network en septembre 2013 lorsque le cluster était encore embryonnaire.

Photo Sébastien Rospide

Sébastien Rospide, Directeur de WE Network

Cité : Quels types d’adhérents rejoignent WE Network ?

Sébastien : L’électronique n’a de sens que par l’usage et l’intelligence qu’elle permet d’apporter sur tous les marchés dans le cadre plus général de la transformation digitale. Cela veut dire que le couplage entre l’apport de l’électronique et les marchés utilisateurs est très important et même de plus en plus important. Le cluster est la rencontre de ces deux communautés d’acteurs. D’un côté se trouvent les industriels qui conçoivent et produisent l’électronique. De l’autre se trouvent les industriels qui utilisent l’électronique dans leurs produits ou dans leurs procédés de production : de l’agroalimentaire à la mécanique, en passant par l’aéronautique.

Le cluster intègre également des écoles, des laboratoires de recherches, des universités. Des banques sont aussi adhérentes pour mieux appréhender l’évolution de leur métier et du risque lié à l’émergence des startups IoT ou au financement et au développement des ETI et des PME de la filière électronique. Puis, bien entendu, les réseaux de partenaires : les CCI ou encore les Technopoles.

Cité : Quelles sont vos missions ?

SébastienD’une part, nous créons du lien au travers des actions d’animations, de séminaires, de workshops, d’ateliers, de groupe de travail. Nous organisons des rencontres pour discuter des problématiques communes car il existe des problématiques partagées, aussi bien dans l’électronique que dans les usages.

D’autre part, nous sommes un centre de ressources et d’expertises qui propose différents accompagnements pour aider les entreprises dans leur projet comme l’assistance au cahier des charges, la mise en relation avec des partenaires industriels ou encore les formations.

Cité : Peux-tu nous expliquer l’évolution de WE Network depuis 3 ans ?

Sébastien : WE Network, aujourd’hui, c’est quasiment 200 adhérents dont 150 sont des industriels, avec une majorité appartenant au champ des usages. Au delà des missions d’expertises et de conseil que nous continuons de développer pour eux en complémentarité avec l’activité de la Cité de l’Objet Connecté, nous avons réussi à développer, depuis 3 ans, de nouvelles formes d’interface et de coopération au sein de la filière y compris entre acteurs concurrents. Nous les faisons, par exemple, coopérer sur la miniaturisation des procédés de production afin qu’ils aillent plus loin ensemble. On défend ainsi le savoir-faire industriel français en électronique à notre manière.

Nous avons également engagé des coopérations au sein du monde académique. L’objectif est faire monter en compétences les étudiants à travers de nouvelles formations, développer des activités de recherche à la pointe sur certaines thématiques. En l’occurrence, nous travaillons sur trois thématiques :

  • les objets connectés,
  • les capteurs intelligents
  • toute l’électronique de puissance, le smart power

Le World Electronics Forum, auquel nous avons activement contribué l’année dernière, a également été une grande occasion pour nous de développer une feuille de route nationale pour la filière électronique. Nous avons pu par ce biais mettre l’accent sur l’enjeu de production électronique et plus précisément la transformation de la production électronique vers l’industrie 4.0.

Nous sommes à présent engagés avec les autres acteurs de la filière et le gouvernement dans la création d’un CSF (Comité Stratégique de Filière) sur l’électronique, ce qui témoigne de la prise de conscience au plus haut niveau de l’importance de notre filière pour accompagner la transformation digitale de toute l’industrie.

Ainsi, de l’idée au départ qui visait le développement d’une stratégie puissante dans le Grand Ouest autour de l’électronique, nous sommes arrivés à présent à la création d’une filière nationale, un CSF qui doit être signé d’ici la fin de l’année.

WEF Angers

Le WEF Angers était l’opportunité de developper des learning expeditions mettant en lumière les projets innovants de la filière électronique

Cité : Peux-tu nous en dire plus sur le Comité Stratégique de Filière ? Est-ce le Grand Ouest qui a porté cette ambition ?

Sébastien : Nous n’étions pas seuls dans cette impulsion et il faut savoir qu’un autre grand programme a été lancé dans le domaine des composants et de la microélectronique : le programme Nano 2022. Les deux sujets ont poussé l’idée qu’il était pertinent de se doter au niveau national d’une filière stratégique. L’électronique est alors devenue une filière à part entière cohabitant avec les 15 autres filières comme l’automobile, l’aéronautique, le nucléaire ou les industries de santé.

Cela prend tout son sens lorsqu’on comprend que dans la Tech, il n’y a pas de « soft » sans « hard ». Et pour qu’il y ait du « hard », il faut une filière électronique en face, avec ses savoir-faire de conception et de production. Historiquement, lorsque l’électronique était évoquée au niveau gouvernemental ou même européen, on résumait la filière à celle de la microélectronique et des composants. La filière que nous mettons en avant propose une vision plus complète de toute la chaîne de valeur. On ne parle plus uniquement de composants, on parle également de la valeur que fournissent ces composants à des assembleurs qui eux-mêmes vont produire des objets et sous-ensembles s’intégrant dans des équipements… C’est toute cette chaîne de savoir-faire qu’il est important de défendre et développer pour accélérer l’innovation dans tous les domaines du Smart World.

Cité : Comment cela se traduit-il au niveau de la filière électronique ?

SébastienLes 2 bassins forts de la filière sont incarnés à la tête de la gouvernance. Ainsi, le Président de la filière est le président de ST Microelectronics France, leader des composants, et le Vice Président est Vincent Bedouin, PDG de Lacroix Group et également président de WE Network.

Avec la création de la filière, l’État reconnaît le caractère stratégique de ces métiers ! Au moment de l’élaboration de la feuille de route, c’est 150 experts qui ont planché pendant 100 jours pour bâtir une vision commune. Un exercice inédit pour la filière.

Cité : Quel impact a occasionné l’IoT sur la filière ?

Sébastien : L’IoT et plus particulièrement l’Industrial IoT (IIoT) est un accélérateur de la diffusion de l’électronique sur les marchés et fait évoluer la demande pour la filière électronique. De plus en plus d’acteurs, qui n’ont jamais touché à l’électronique, prennent contact avec notre filière au travers de l’IoT. Au niveau de la chaîne industrielle, cela se traduit en une augmentation du mix et une réduction des volumes, car les nouveaux clients sont des startups, des PME, des ETI plutôt dans les marchés du BtoB.

Et pour que cette transformation s’opère, il faut flexibiliser au maximum l’outil de production industrielle. Cela passera par l’usage des leviers du 4.0, et c’est ce qu’on appelle l’industrie électronique du futur. C’est en innovant dans les outils, en innovant dans l’intelligence artificielle, les process et les cobots qu’on arrivera à répondre efficacement à cette nouvelle demande. Et au regard de l’éventail de chantiers qui s’annonce, les acteurs seuls sont parfois perdus. Ils n’ont pas la bande passante en interne pour couvrir tous les aspects de cette transformation. Donc ils ont besoin de coopérer entre eux et de structures expertes comme WE Network pour les y aider.