Industry technology
5 juillet 2018

Industrie 4.0 : comprendre la French Fab en 5 minutes

Avec des ingénieurs et entrepreneurs reconnus dans le monde entier et des secteurs d’activité d’excellence, le tissu industriel français a des raisons d’être fier ! En effet, l’industrie française a devant elle une formidable opportunité pour monter en gamme et renforcer sa place dans le paysage industriel mondial : la révolution numérique. La French Fab vient ainsi incarner la refondation de l’industrie française en réunissant toutes les forces sous un même étendard bleu. L’objectif ? Accélérer une industrie de demain qui se veut innovante, exportatrice, ouverte aux évolutions qu’apportent le digital, les technologies nouvelles et l’économie verte.

Notre rencontre avec Julie Leibovici, chargée du développement de la French Fab chez BPI France, et Yann Jaubert, dirigeant de la société Alfi Technologies, ambassadeur French Fab dans le Maine-et-Loire, nous a permis de mieux comprendre comment ce mouvement d'entrepreneurs permet le rayonnement du savoir-faire de l'industrie française.

LOGOFRENCHFAB

Emmanuelle Leclerc : Pouvez-vous nous raconter la manière dont est née la French Fab ?

Julie Leibovici : Ce mouvement est un vrai cri du cœur venant des industriels français et particulièrement du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire, le METI. En effet, à l’image de la French Tech, et dans l’ambition de la « startup nation », il apparaissait opportun de développer une marque qui témoigne de la capacité de l’industrie à produire de l’emploi dans nos territoires. Il s’agit de réinitialiser son image qui vit un désamour depuis plus plusieurs années.

C’est en mai dernier que le coq bleu est né. La marque a commencé à vivre en étant, dans un premier temps, portée par Bpifrance et, depuis octobre 2017, le nouveau gouvernement s’en est saisi par la voix de Bruno Lemaire. Le ministre a posé les 7 piliers de French Fab, qui sont également les fondamentaux de la loi PACTE : l’État se mobilisant autour de l’industrie française avec la volonté de redonner une stature de fierté nationale. La French Fab va dans ce sens : générer une image attractive de l’industrie française, grâce à des usines innovantes, une capacité de création d’emplois et l’avenir qu’elle promet.

French_Fab pour une industrie du futur

EL : Quelles sont les problématiques que vous adressez prioritairement ?

Yann Jaubert : L’ambition de la French Fab est de faire en sorte que les entreprises se familiarisent avec la rupture technologique pour leur permettre de les intégrer plus rapidement dans leur business model. À travers la French Fab, l’entreprise assure son développement et son avenir.

En effet, nous vivons actuellement une véritable révolution technologique : la cobotique et l’impression 3D sont moins des technologies du futur tant elles sont déjà matures. D’autres technologies sont en pleine évolution. Mais l’avantage est que leur coût d’acquisition n’est pas forcément élevé.

EL : Quel est le lien avec l’Alliance pour l’Industrie du Futur ?

YL : En tant que membre fondateur de la French Fab, l’Alliance pour l’Industrie du Futur représente l’excellence industrielle vers laquelle l’ensemble de la French Fab doit aller. Tous les travaux menés par l’Alliance pour l’Industrie du Futur visent à dégager des solutions et des idées pour que les industriels prennent le chemin de l’excellence industrielle. C’est le continuum de l’accompagnement de la French Fab.

EL : Le tissu industriel est finalement un écosystème homogène, est-ce que cela veut dire que la French Fab est ouverte à d’autres types d’entreprises ?

YL : Les entreprises en soutien du secteur peuvent également adhérer à la French Fab. Nous distinguons les French Faber et Supporters. Les French Fabers représentent les entreprises implantées dans l’industrie et les Supporters, les entreprises positionnées sur un business latéral. Leur activité est capitale pour le business des French Fabers. Une entreprise développant un logiciel de conception 3D est typiquement un Supporter.

EL : Comment s’organise la French Fab sur le territoire ?

JL : Nous avons créé un comité au sein de l’État réunissant les membres fondateurs de la French Fab : Bpifrance, Business France, l’Alliance pour l’Industrie du Futur et les Régions de France qui, en tant que chef de file du développement économique sur les territoires, donnent le « la » pour lancer la French Fab dans les régions. C’est exactement ce que nous avons fait dans les Pays-de-Loire. Chaque région lance solennellement la French Fab en se mettant en mode projet autour de l’industrie. C’est pour cette raison que dans chaque département un industriel prend le porte-drapeau French Fab et devient le référent de la dynamique tout en créant un lien avec les collectivités locales.

EL : L’ambition internationale fait-elle partie vos thématiques ?

YL : Effectivement, jouer collectif c’est chasser en meute à l’international ! Nous avons dans ce sens fait quelques opérations comme un grand salon industriel à Hanovre où toute une délégation French Fab est partie. Dans le même sens, des ambassadeurs de l’Alliance pour l’Industrie du Futur sont positionnés dans plusieurs pays et seront les points de contact auxquels pourront se raccrocher les hubs de la French Fab.

La French Fab prépare une nouvelle industrie

EL : Ce mouvement s’adresse-t-il uniquement aux petites entreprises ?

JL : Cela ne concerne pas uniquement les ETI, les PME et les TPE. Les grands groupes ont une valeur d’exemple indispensable permettant d’aider les plus petites entreprises à se développer. Ils ont les moyens d’engager toutes les transitions numériques, qu’elles soient sociétales ou environnementales. Dans ce mouvement, les grandes entreprises incitent leur écosystème à évoluer sur ces questions.

En travaillant avec les petites entreprises, les grands groupes créent, de fait, des moments de partage et des formations qui accélèrent la mise à niveau. Car le risque des petites entreprises, souvent fournisseuses des plus grandes, si elles n’ont pas la capacité de suivre, est la marginalisation. Elles ne seront plus en mesure de travailler avec leurs grandes entreprises clientes.

Finalement, les grands groupes apportent toutes les clés des transformations du futur.

YL : Le rôle de la French Fab se situe dans l’accompagnement nourri par le réseau. Cela permet d’apporter des réponses aux différentes problématiques à travers le partage d’expériences. C’est également en favorisant des initiatives portées par des organisations comme la CCI que des solutions communes au tissu industriel peuvent être dégagées.

EL : Comment une entreprise peut-elle rejoindre la French Fab ?

JL : Les industriels souhaitant adhérer doivent faire le pari de l’innovation dans leur entreprise, du changement. Elles doivent également avoir une vision sur leur internationalisation tout en ayant développé une conscience des problématiques écologiques et sociétales.

YL : À titre d’exemple, nous avons reçu entre 20 et 25 entreprises du Maine-et-Loire chez Alfi Technologies accompagnées par la CCI. Nous leur avons expliqué ce qu’est le jumeau numérique des usines des équipements et ce que les technologies peuvent apporter dans la préparation à la maintenance dans la formation. Sur la base de ces technologies, nous pouvons les orienter et les aider à imaginer leur business model. C’est une bonne illustration de l’ambition de la French Fab : le partage d’expériences du niveau terrain sur des secteurs qui se comprennent et ont les mêmes problèmes relatifs à la taille de leurs structures.

La cité de l'objet connecté French Fab

Et au-delà de l’accompagnement proposé, réinitialiser l’image de l’industrie française passe également par l’établissement de partenariats avec les centres de formations professionnelles, des écoles d’ingénieurs. Pour la French Fab, s’organiser pour générer et dessiner de nouveaux services, c’est cela qui définira la fierté de l’industrie française du futur.