Eric Carreel à la Cité de l'Objet Connecté
24 octobre 2016

Eric Carreel, un parrain qui nous veut du bien !

C’est avec sourire et décontraction qu’Emmanuelle Leclerc, responsable Marketing et Communication de la Cité de l’Objet Connecté compose le numéro de téléphone de notre parrain. Il faut dire qu’Eric Carreel a toujours un œil sur ce projet qui lui tient à cœur. C’est avec un plaisir non dissimulé qu’il dresse un portrait d’expert du paysage industriel de l’Internet des objets. La parole est sage, humble et avisée. Les conseils y sont forts et nombreux avec une volonté de transmettre évidente... Un vrai parrain, en somme.

Nous vous connaissons en tant que parrain de la Cité de l’Objet Connecté mais comment pouvons-nous vous présenter : comme l’homme de l’IoT en France ?

(Rire) Peut-être comme un ingénieur passionné de technologie qui a, au cours des dernières années, créé des produits en passant de la recherche aux partenariats. Ma particularité est un peu la création de produits, qui sont allés des télécoms aux objets connectés; notamment dans le monde de la santé, mais également dans les services liés à l’impression 3D.

Pourquoi ce secteur de la santé en particulier ?

Alors c’est un choix qui s’est fait progressivement… On est passé des télécoms aux objets connectés parce qu’on a compris qu’il y avait  une rupture sur la relation du client avec le fournisseur de l’objet. Nous avons intégré la capacité et même l’obligation pour toute entreprise qui fabrique des objets de devenir une entreprise de service, et donc d’être en direct avec ses clients et pas à travers des opérateurs, des distributeurs, etc.

Au final, c’est Steve Job qui a expliqué ça en 2007 lorsqu’il a lancé l’iPhone. Quelque part il a court-circuité les opérateurs télécoms et pas par plaisir, mais par nécessité d’apporter un service plus efficient à l’utilisateur !

Cette histoire d’objet connecté est au final une participation à une transformation assez profonde, grâce à la numérisation, qui fait que tout le monde devient fournisseur d’un service non plus en direction d’un client, mais à un utilisateur. On se focalise sur celui-ci et c’est à partir du moment où on apporte un plus à cet utilisateur qu’on peut espérer un succès !

L’expérience utilisateur est donc une de vos priorités, et ce depuis longtemps, mais quand vous êtes-vous intéressé plus précisément aux objets connectés ?

Cela dépend ce qu’on considère comme un objet connecté. Les télécoms étaient déjà des objets connectés quelque part, mais on peut dire que ces derniers sont arrivés, juste après la disponibilité en tout lieu d’une connectivité, donc juste après l’arrivée de l’Internet haut débit un peu chez tout le monde, vers 2007 / 2008.

eric-carreel-sculpteo-withings-invoxia-chairman-and-co-founderC’est à ce moment-là que vous êtes devenu l’homme des objets connectés ?

C’est beaucoup dire… Pour resituer le contexte : on a commencé par un pèse-personne pour lequel on n’a pas forcément été convaincus que c’était l’objet du siècle. Finalement, ce fut un super objet qui nous a donné une très bonne leçon ! Cela nous semblait une belle plateforme d’essai pour former des ingénieurs au fait de réaliser toute la chaîne qui va de l’application, à la plateforme gérant les données, l’objet devant avoir une bonne autonomie, etc.

En faisant ça, on a découvert avec un objet aussi simple qu’un pèse-personne, que le fait d’accompagner l’utilisateur avec une tendance de poids (et non une valeur) qui sera toujours dans sa poche, qu’il pourra consulter à n’importe quel moment, que l’on pouvait “changer la vie” de certains utilisateurs, d’après les retours qu’on en a eus.

C’est en essayant de comprendre ça qu’on a identifié qu’il y avait une révolution qui se profilait dans le domaine de la santé. Mais c’est quelque chose qui va traverser un peu tous les domaines !

Aujourd’hui, quelle est d’après vous l’utilisation la plus intéressante de l’Internet des objets ?

Finalement, cela permet de donner une capacité nouvelle à chacun des métiers de fabricants d’objets en les transformant en vrais opérateurs de service vis-à-vis de leurs utilisateurs, et en étant capable d’aller beaucoup plus profond dans la qualité du service fourni.

Tout ce qui était périphérique à la fonction particulière de l’objet comme l’interface utilisateur, la puissance de calcul, la mémoire, etc., et qui finalement prenait une grande énergie à la fois dans la conception de l’objet, son coût et sa consommation ; toutes ces parties peuvent désormais être  déportées vers des lieux qui sont  bien plus efficaces :

  • Un smartphone pour l’interface
  • Internet et les bases de données pour toute la partie calcul, mémoire, etc.

Du coup, l’objet peut se consacrer sur sa fonction particulière. Prenons la dernière balance de Withing qui s’appelle Body Cardio.

Elle mesure la vitesse de l’onde de pouls. C’est une mesure très profonde médicalement, considérée par les meilleurs cardiologues du monde comme la mesure la plus importante pour déterminer le risque cardio-vasculaire à 4 ans. Cette mesure est réalisable aujourd’hui un pourcentage inférieur à 5% des cardiologues avec une machine qui coûte 17 000 $. Il fallait un technicien spécialiste pour la déterminer au bout d’un quart d’heure, une demi-heure.

Aujourd’hui, on propose cela dans n’importe quel pèse personne, il suffit de monter sur la balance pour avoir une mesure en quelques secondes et ce pour 180 €.

Ce qui est intéressant, c’est que l’on devient à la fois fournisseur d’une mesure totalement révolutionnaire pour l’utilisateur, tout en devenant un centre médical unique, puisque pour la première fois on a une base de données importante ! En 15 jours après le lancement du produit, on avait la plus grosse base de données au monde relative à ces mesures. On est capable de faire des corrélations avec d’autres mesures auprès de populations à risque, c’est donc d’une richesse infinie !

Je pense que c’est exactement ce processus qui va se passer dans toutes les industries. L’idée de l’objet connecté, ce n’est pas tant qu’il soit connecté, c’est de permettre à l’entreprise qui a un métier particulier consistant à produire un objet particulier, de devenir beaucoup plus pertinente, dans le service particulier qu’elle apporte à travers cet objet. Et ça quelle que soit l’industrie.

Cela touchera tous les moyens de locomotion comme le vélo, la voiture, tous les capteurs, les appareils électroménagers, on commence à le voir dans la musique, dans la gestion de l’énergie, etc.

L’équipe de la Cité de l’Objet Connecté sera au #CES2017 les 5 et 6 janvier pour aller à la rencontre des startups. Avez-vous des idées sur les tendances phares qui pourraient découler de ce salon ?

Je n’ai pas d’idées à proprement parler…  Par contre je suis convaincu qu’on va aller vers des objets qui vont se particulariser et qui vont être de plus en plus révolutionnaires par rapport au service qu’ils apportent. Ce n’est plus un objet simplement relié à Internet sans réel progrès dans sa fonction. On va vers des évolutions des objets qui seront de plus en importantes.
Une autre tendance forte liée à ce que font Google, Apple et un petit peu Amazon, concernant la capacité de ces objets à dialoguer et constituer des scénarios entre eux. On le voit par exemple sur Google Home et Home Kit.

En tant que « serial startuper », quels conseils donnez-vous pour de jeunes entrepreneurs / un chef d’entreprise ?

Le premier conseil et de penser à l’utilisateur et uniquement à lui, en notant que ce n’est pas forcément le payeur ou le client. La deuxième chose serait d’essayer de devenir de plus en plus pointu dans son domaine d’expertise, car c’est qui fera la différence.

En tant que chef de file du plan industriel « Objets connectés », comment se porte pour vous le secteur en France, en cette fin d’année 2016 ?

Il y a une bonne dynamique notamment via la French Tech avec une mise en avant des objets ; la Cité de l’Objet Connecté y a participé. Il y a également l’ensemble de la distribution française, qui est réunie à travers le plan objet connecté et organise la prochaine “semaine de l’objet connecté”, permettant de mettre en avant les dernières conceptions françaises en IoT.

Il y avait deux volets dans ce plan : le premier, “Savoir-Faire”, qui à nous conduit à créer la Cité et le second “Faire-Savoir” qui nous conduit à travailler avec la distribution. La prochaine semaine à lieu à partir du 14 novembre.

Ceci dit, la France est un petit pays qui adopte plutôt tardivement les nouveautés et qui  fait semblant d’être effrayé par les données  et leur traitement… À ce sujet, il y a un autre conseil à donner aux startups, c’est d’aller dans un premier temps voir le marché des États-Unis pour la commercialisation. C’est là-bas qu’il faut vendre, car les premiers acheteurs en masse sont toujours aux États-Unis où il y a un a priori plus favorable sur ce qui est nouveau, et donc une capacité à trouver plus facilement des clients.

Au sujet de ce volet “Savoir-Faire”, la Cité de l’Objet Connecté a fêté son premier anniversaire récemment, comment en tant que parrain la voyez-vous grandir ?

D’abord, bon anniversaire ! Ensuite, je pense que la Cité a fait une belle première année, avec une communication de qualité et finalement une prise de conscience qu’il y a beaucoup de gens à former autour de ce secteur, d’où le travail actuellement sur un volet formation et acculturation au sein de la Cité.

Ensuite la phase V2, c’est de devenir de plus en plus efficiente, à la fois sur la rapidité et la profondeur de la compétence avec lesquelles la Cité accompagne les gens qui ont envie de développer des objets. Ce notamment concernant l’environnement qui n’est pas à proprement parler la compétence que doit à avoir une entreprise particulière qui vient vous voir avec un savoir-faire générique.

Mon grand espoir, c’est que l’IoT c’est juste un objet qui devient plus profond dans sa spécificité… la profondeur dans un domaine particulier s’acquiert par la confrontation des expertises des métiers qui hier étaient assez séparés et qui demain devront travailler ensemble.

J’évoque souvent l’horlogerie suisse pour illustrer cette problématique. Ce secteur s’est reconstruit grâce à Nicolas Hayek, recréant en Suisse des fabricants de Quartz, de semi-conducteurs, de mécanique, de design… et c’est très impressionnant de voir que  tout est sur place ! Ces gens qui travaillent ensemble se parlent, collaborent, s’engueulent et vivent ensemble. De ce contexte naît quelque chose de nouveau.
Je suis convaincu que l’innovation ne sort pas d’un étalement sur toute la planète, elle sort d’une confrontation d’un certain nombre de compétences sur un lieu géographique restreint. Mon grand espoir est donc que l’on arrive à recréer ça autour de la Cité. Il faut donc à l’avenir qu’il y ait encore plus de monde autour de cette Cité, encore plus de métiers différents, et que tous ces gens s’interpellent, échangent, innovent.

Quels sont les deux  métiers qui vous semblent incontournables pour compléter notre Cité ?

Un métier autour de la maîtrise du métal tout d’abord. Ensuite, je ne sais pas si on peut appeler ça un métier, mais aujourd’hui la moindre startup de cinq personnes utilise probablement 30 à 50 outils différents; que ce soit pour la gestion de ses mails ou son support client, et ça, c’est un esprit nouveau.

Ce fameux état d’esprit est acquis chez un ingénieur de 23 ans sortant d’école, pas toujours chez ceux qui ont déjà de l’expérience. Il faut donc accepter de se laisser déranger et parfois par ceux qui n’ont pas d’expérience !

Eric Carreel et Emmanuelle Leclerc

Il faut donc se confronter et accepter d’être challengé par ceux qui n’ont pas été encore formatés par l’expérience, c’est noté, merci Eric. Je crois que vous passerez bientôt à Angers ?

Effectivement, je serai le 25 novembre à Angers pour une conférence de presse avec Michel Cymes. Le soir, cela se passe au centre des congrès d’Angers à l’initiative d’Harmonie Mutuelle pour parler d’e-santé.