Gilles Babinet - IoT
30 mai 2017

Gilles Babinet : “la transformation digitale n’est pas une option” !

Entrepreneur depuis l'âge de 22 ans, touche à tout du digital, son 3ème ouvrage "Transformation digitale, l'avènement des plateformes" présente la révolution brutale qu’engendre actuellement le numérique pour les entreprises et la société. Gilles Babinet a échangé avec Emmanuelle Leclerc, de la Cité de l’Objet Connecté. Un entretien des plus instructifs !

Emmanuelle Leclerc : Bonjour Gilles Babinet, pouvez-vous vous présenter ?

Gilles Babinet :  Je suis avant tout un entrepreneur dans le monde du digital et depuis quelques années je suis une forme de “conteur de la révolution digitale”, au travers des livres que j’écris et des conférences que je donne. J’ai également une fonction de “Digital Champion” auprès de la Commission Européenne, qui consiste à échanger au niveau européen au sujet de l’intégration digitale dans nos sociétés humaines.

EL : Vous avez créé neuf sociétés à ce jour, en tant que “serial entreprener”, quels seraient vos conseils pour une start-up qui se lance ?

GB : En ce qui concerne l’entrepreneuriat dans l’IoT, je pense que le hardware nécessite une vision technologique forte. Ce n’est pas qu’une bonne idée qui permet de réussir : il faut comprendre les détails techniques des capteurs, processeurs, microcontrôleurs… une expertise forte est nécessaire.

EL : Dans votre dernier ouvrage “Transformation digitale : l’avènement des plateformes” les Gafa, Natu et Batx sont présentés comme des modèles à suivre, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

GB : Pour rappel, une plateforme est un ensemble technologique qui va permettre de distribuer des services numériques à très haute volée et qui va mettre en relation des acteurs de natures différentes. Or, les plateformes sont des modèles bifaces avec deux parties qui sont différentes (comme des hôteliers et des gens qui veulent voyager) en arrivant à automatiser les relations entre ces deux parties, mine de rien on peut désintermédier de nombreux acteurs dans ce genre de modèle !

Sur l’aspect humain, cela va changer les modèles de management dans l’entreprise pour avoir des fonctionnements plus autonomes ou les gens vont faire beaucoup plus d’innovation de rupture. C’est les deux aspects les plus visibles, mais il y en a plein d’autres !

Transformation digitale : l'avènement des plateformes

EL : Vous avez dit « Toutes les entreprises ont vocation à devenir des plateformes », qu’entendez-vous par là ?

GB : J’étais il y a peu dans une banque et je leur expliquais qu’il pouvait automatiser les relations entre clients et les comptes, mais qu’on pouvait aller beaucoup plus loin !

Prenons l’exemple de l’emprunt immobilier. On pourrait très bien imaginer que l’on vous présente des appartements, puis suggère un déménageur, et stimule le coût total avec vos impôts… C’est ça une plateforme et mon interlocuteur ne voyait pas une banque s’étendre plus loin que leur activité principale.

C’est le principe de la “surtraitance“, c’est-à-dire d’être haut dessus par rapport à où l’on était avant.

EL : Quelle serait la recette pour convaincre les entreprises françaises à la transformation digitale ?

GB : Ce que je dis toujours, c’est que la transformation digitale, ce n’est pas une option : les gains de productivité entre les entreprises transformées et celles qui ne le sont pas vont être très importants… Il vaut mieux s’y préparer rapidement parce que cela va être compliqué par la suite. Au final, c’est avant tout du capital humain, de la compétence et il faut donc vraiment former les gens et ce de façon importante !

EL : Pensez-vous qu’il y a un lien entre transformation digitale et IoT ?

GB : J’y suis confronté tous les jours ! Le CEO de Schneider Electric, m’expliquait dernièrement qu’ils ont installé plus de 350 000 objets connectés dans une seule raffinerie. Dans un réacteur d’avion de dernière génération, l’on trouve environ 70,000 capteurs créant d’immenses quantités de données.

EL : Vous confirmez ainsi le développement de l’IoT dans le secteur B2B ?

GB : On ne s’en rend pas compte, mais effectivement, je discutais avec des experts qui construisent des usines et m’expliquaient qu’avant leur métier, c’était du béton, de l’énergie et des automates. Maintenant, c’est du digital et du digital et un peu du reste.

EL : Faut-il avoir une stratégie de data en tant que startup iot ?

GB : J’aurais tendance à vous dire oui, mais ouvrir des API c’est bien, mais cela représente énormément de boulot donc je pense qu’il faut avant tout avoir une stratégie de plateforme. Je ne réfléchirais d’ailleurs pas forcément en tant qu’objet connecté, mais avant tout au service fini et à l’usage.

EL : L’essor de l’IoT sera-t-il freiné par la sécurité selon vous ?

GB : La sécurité est avant tout une question de coût et donc pour l’instant, il n’y a pas de sécurité concernant l’IoT domestique ! Ce problème ne pourrait être  résolu que par la norme et on est actuellement à des niveaux de faiblesse qui sont très importants sur à peu près tout ce qui se vend !

Cela reste bien évidemment une limitation forte : des patrons d’entreprises me disaient clairement qu’ils hésitaient à se frotter à l’IoT car c’était trop dangereux.

Maintenant, il faut bien prendre en compte que l’internet des objets n’est au final qu’un des bouts du problème. C’est plus l’ensemble des facteurs qui sont potentiellement problématiques. On voit cela d’un point de vue du consumer car c’est là qu’il y a moins de sécurité.

J’ai vu des données d’un téléphone mobile extraites en moins d’une minute sans laisser aucune trace alors qu’il était en mode veille. Le smartphone est sur une table, la personne est dans l’autre pièce avec un ordinateur, et deux minutes plus tard il a toutes vos données ! Quand on voit ce genre de chose, ça donne à réfléchir.

La cyberattaque mondiale qui vient d’arrêter des usines pourraient être les prémices d’une cyberguerre. Il y a au final pas mal d’indices qui montrent qu’il n’est pas impossible qu’un pays soit capable d’arrêter une nation désormais de façon électronique…

EL : Merci Gilles et à bientôt sur Angers pour venir visiter la Cité de l’Objet Connecté.