Karl Auzou de Good Angel à la Cité de l'Objet Connecté
5 décembre 2017

Good Angel, un éthylotest connecté révolutionnaire !

Vos pensées se perdent dans des listes de cadeaux interminables, des menus à rallonge et une organisation chaotique d’un Premier de l’an de rêve ? Pas de doute, les fêtes de fin d’années approchent ! Si ces rendez-vous traditionnels et conviviaux sont l'occasion de partager sourire et chaleur humaine, ils sont également synonymes de multiples excès et le fameux verre de trop n’est jamais très loin. Comment rester vigilant alors que les pots d’entreprises foisonnent ? Karl Auzou, à la tête de Good Angel, apportent des solutions en lançant le 1er système interactif éthylotest prenant en charge en temps réel les conducteurs partout en France.

  • Emmanuelle Leclerc : “Bonjour Karl, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?”

Karl Auzou : “Suite à des études en art appliqué, j’ai créé ma première société à 23 ans qui a vite évolué vers du conseil en communication. Cette activité m’a permis d’approcher pour la première fois le secteur de l’automobile en 2007 : je travaillais à l’époque sur une solution digitale proposant des informations en temps réel sur un GPS connecté. Ce produit équipe désormais la plupart des véhicules hauts de gamme. Boris Leclerc, l’un des ingénieurs ayant conçu ce projet, fait aujourd’hui partie de l’équipe Good Angel et a d’ailleurs très largement contribué à la création d’un éthylotest connecté et de l’application smartphone qui le pilote.

En 2008, j’ai créé mon premier produit hardware en Asie : un GPS connecté. Il permettait de diffuser des informations sur le trafic, la météo ou le positionnement des radars en temps réel. Je suis ensuite intervenu comme consultant sur des problématiques de mobilité entre 2010 et 2013. Ce parcours a, assez naturellement, permis la naissance en février 2015 de la société Good Angel, qui propose le 1er système interactif digital de prise de mesure d’alcool.“

  • EL : “Pouvez-vous pitcher en 3 minutes cet éthylotest connecté  ?”

KA : “De la taille d’un briquet et connecté par Bluetooth au smartphone, ce dispositif permet de recueillir la mesure précise du taux d’alcool de l’usager après un souffle continu de 5 secondes. L’objectif est d’offrir un portail complet de services à l’utilisateur afin qu’il puisse être pris en charge en cas d’une mesure positive qui le rendrait dans l’incapacité de reprendre la route.

Aujourd’hui, nous avons un produit et portail de service fonctionnel qui s’organise de deux façons, et ce, selon la cible.

Pour le marché B2C, en cas de résultat positif, un bouton d’appel met en relation directement l’utilisateur avec notre plateforme de prise en charge; ouverte 24h/24h, 7/7. L’application envoie au serveur distant la position GPS exacte de l’utilisateur. Celui-ci pourra alors être ramené chez lui en taxi, dans une zone de 50 kilomètres.

Nous travaillons actuellement sur la mise en oeuvre de deux nouveaux services basée sur le covoiturage de proximité et de VTC non professionnel. L’idée étant d’augmenter le nombre de véhicules disponibles sur les périodes les plus chargées, mais également d’avoir une grille tarifaire plus large et attractive.”

  • EL : “Pourquoi avoir créé cet éthylotest connecté ?”

KA : “J’ai été confronté à des pertes de collaborateurs à cause d’accidents de la route, et j’ai toujours pensé qu’on trouverait des solutions technologiques pour prévenir ce genre de sinistres. Je me suis rendu compte dès 2010 que nous pourrions contenir ces dérives grâce aux objets connectés.

Il faut savoir en France qu’aujourd’hui, l’accidentologie routière c’est chaque année 75 000 blessés graves et 3800 morts. Sur ces populations de sinistrés, 35 000 blessés et 40% de ces décès sont conséquents d’une conduite sous l’emprise de l’alcool. On ne peut  plus accepter cette situation.

Nos produits sont d’utilité publique et je dirais même que c’est devenu aujourd’hui un sujet de santé publique : nous pouvons mécaniquement réduire les coûts que peuvent générer le suivi et le rétablissement des personnes blessées.

Les jeunes sont une cible prioritaire… Extrêmement exposés, ils paient le plus lourd tribut en termes de mortalité routière sous l’emprise de l’alcool.

Pour réussir à capter cette population, il faut un objet connecté efficace, qualitatif et esthétique, mais également pratique d’où sa miniaturisation pour rentrer dans une poche de jean ou un sac à main. C’est également en ce sens que nous avons voulu rendre l’utilisation de l’application ludique afin de capter au mieux leur attention.

On s’est vite rendu compte que le monde du travail est extrêmement impacté par les problèmes liés à l’alcool, c’est d’ailleurs la première cause de mortalité et la plus coûteuse en entreprise. Le secteur privé est donc très intéressé par cette solution qui donne un moyen de mesure et de suivi au collaborateur, mais également un moyen de s’affranchir d’une responsabilité pénale tout en proposant une prise en charge du collaborateur qui n’est plus laissé seul face à lui-même…

Nous avons ainsi créé un service de conciergerie pour le secteur B2B qui permet, d’une part, de faire raccompagner le collaborateur, mais également de pouvoir leur réserver un hôtel ou de venir les chercher là où il se trouve. On peut aller jusqu’à un rapatriement au-delà de la zone voire une prise en charge médicale si besoin.

Les solutions digitales peuvent ainsi apporter des modifications des comportements par l’utilisation régulière de ce type de dispositif comme l’éthylotest connecté, parce que la personne n’est pas laissée sur le bord de la route !”

ethylotest connecté par Good Angel - Cité de l'Objet Connecté

  • EL : “Quelles ont été les étapes décisives dans la réalisation de ce projet ?”

KA : “Nous n’avons pas réinventé l’éthylotest, c’est un produit qui existe depuis 30 ans. En revanche, tel qu’il était commercialisé jusqu’à présent, son usage était extrêmement limité et n’apportait pas de solution. La notion d’usage en tant que telle était juste restreinte à une prise de mesure. Nous avons donc commencé par travailler cet aspect et dans un second temps l’objet connecté.

Partant de ce constat, on avait juste à trouver la possibilité de miniaturiser l’objet pour faire en sorte qu’il soit facilement transportable tout en conservant la fiabilité, la robustesse et la capacité du produit à délivrer plusieurs mesures en l’espace d’une soirée. La démarche de prospection a été relativement longue, mais nous avons trouvé cette technologie en Corée.

Notre volonté de produire en France est également une étape importante.

Il faut savoir que nous avons rencontré quelques difficultés pour financer nos commandes à l’export et notamment en raison d’un besoin en fonds de roulement (BFR) très conséquent. Nous avons des contacts avec des usines qui nous demandent 100% du montant global de la facture à la commande et on est livré entre 5 et 6 semaines dans le meilleur des cas. Le temps de livrer nos clients et d’être payé, ça peut aller jusqu’à 10 à 12 semaines, ce qui génère un besoin de BFR extrêmement conséquent que l’on ne sait pas aujourd’hui financer en France. Nous avions également besoin d’avoir la main sur le firmware, mais également sur la mécanique du produit au vu des évolutions prévues, une demande complexe lorsque l’usine se situe en Asie…

Le fait de produire la V2 en France nous permet d’avoir la main sur l’intégralité du produit avec en plus une facilité d’approvisionnement. La Cité de l’Objet connecté nous apporte cette agilité dans la conception du produit.”

  • EL : “En quoi la Cité vous a aidé plus concrètement dans réalisation de ce projet ?”

KA : “D’un point de vue technique tout d’abord, en nous apportant une connaissance électronique que nous n’avions pas d’une part, mais également au travers la mise en relation avec des bureaux d’étude électronique qui nous ont apporté un savoir un faire indéniable.

Le bureau d’étude mécanique avec Hubert Chevalier fait un travail exceptionnel y compris en gestion de projet. La Cité de l’Objet Connecté est un véritable accélérateur selon ces trois critères : benchmark des fournisseurs, mise en relation et gestion du projet.”

  • EL : “Quelles sont les prochaines étapes ?”

KA : “La production d’une présérie à la Cité de l’Objet connecté pour début 2018. Ce produit va d’ailleurs répondre à une nouvelle norme dont Good Angel est à l’origine.

Il faut savoir que la France est leader dans tout ce qui est écriture et évolution des normes qui encadrent la fabrication et la commercialisation des éthylotests de tout type. Avant le 15 juin 2017, toutes les normes en vigueur ne comprenaient pas les éthylotests connectés à afficheur déporté. Aujourd’hui, ils sont encadrés tant dans l’aspect fabrication que la dimension distribution. Ce long travail d’écriture nous légitime auprès des instances gouvernementales en tant que qu’acteur fiable et sérieux, qui s’inscrit d’emblée dans le respect des normes. Nous avons d’ailleurs reçu le prix Innovation de la Sécurité Routière 2017 qui conforte notre démarche.

La mise sur le marché est prévue pour le 1er trimestre 2018, nous avons déjà des commandes avec des volumes importants. La V1 est disponible sur notre site internet ainsi que les abonnements de prise en charge, la V2 y sera commercialisée très prochainement.”

  • EL : “La protection des données est le défi à relever pour les objets connectés, comment avez-vous envisagé cette question ?“

KA : “L’approche B2C ne garde aucune donnée, elles sont contenues dans l’application , sur le smartphone de l’utilisateur.

Dans le monde de l’entreprise, après le consentement des CHSCT et des syndicats, la donnée va être sauvegardée chez un hébergeur sous une qualification “hébergeur donné santé”, en somme un haut niveau de sécurité. L’entreprise n’a pas accès à ses données, c’est une véritable relation de confiance entre le collaborateur et l’entreprise. Elles ne peuvent pas être utilisées dans le cadre de mesures disciplinaires par exemple. Les données sont détenues chez un tiers de confiance qui est Good Angel et accessible par les autorités compétentes comme l’impose la réglementation en vigueur.

On a beaucoup travaillé cette partie sécurité de l’application. Le transfert des données, du smartphone vers nos serveurs, fait également l’objet d’un protocole de sécurité renforcé, données elles-mêmes sauvegardées sur des serveurs sécurisés. Le sujet a été appréhendé dès le départ avec notamment un travail d’investigation auprès de la CNIL qui a validé le principe.”

  • EL : “Vous avez participé au WEF, cet événement vous a -il été bénéfique ?”

KA : “Tout à fait ! L’événement m’a tout d’abord permis de rencontrer de nombreuses personnes de l’écosystème de l’IoT, ce qui fut extrêmement intéressant. J’ai été à ce sujet énormément aidé par la Cité de l’Objet Connecté que je remercie une nouvelle fois. J’ai ainsi rencontré un certain nombre d’acteurs comme Orange, Enedis, BNP Parisbas pour ne citer qu’eux !

C’était également intéressant de rencontrer d’autres sociétés qui ont également développé leur produit à la Cité, d’éventuelles synergies ont d’ailleurs été évoquées.

Le gain de visibilité fut également indéniable, tant au niveau des personnalités politiques présentes comme Mounir Mahjoubi, Édouard Philippe et bien sûr le maire d’Angers, Christophe Béchu, que sur le plan de la notoriété grâce notre passage sur BFMTV.

L’écosystème angevin nous soutient beaucoup aujourd’hui, on réfléchit à certaines compensations. On pourrait tout à fait ouvrir un centre de R&D, orienté sécurité routière, pour concevoir d’autres objets connectés déjà en réflexion visant d’autres causes de mortalité routières comme la somnolence ou la conduite sous l’emprise de stupéfiants. Nous sommes dans une démarche « win-win » et tout le monde comprend l’intérêt de travailler ensemble.”

  • EL : “Un conseil pour de futurs startupers ?”

KA : “Très certainement, je les invite à contacter la Cité de l’Objet connecté. Mais avant cela, je les encourage à travailler leur cahier des charges avec précision tout en ayant appréhendé le financement de leur projet et ce au-delà du POC.

Une idée c’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas suffisant. Il faut que celle-ci soit encadrée. Aujourd’hui, la Cité de l’Objet Connecté propose des solutions pour de nombreux sujets comme les dépôts de brevet, les apports de contacts pour des financements, et permet un suivi de projet efficace. C’est une aide indéniable, mais il ne faut pas non plus arriver les mains dans les poches !”