2 mai 2018

Les trois cas d'usages de l’IA selon Thomas Kerjean de Microsoft

L’intelligence artificielle est partout. On ne compte plus les articles de presse et conférences qui l’évoquent. Pourtant, son application concrète reste énigmatique pour beaucoup… Nous avons rencontré Thomas Kerjean, Directeur de la division Cloud et IA de Microsoft à la suite d’une conférence des plus remarquées au SIdO 2018, l’occasion de parler des cas d’usages d’une entreprise que l’on ne présente plus.

Emmanuelle Leclerc : “Bonjour Thomas, peux-tu te présenter en quelques minutes ?”

Thomas Kerjean : « Je suis en charge du cloud et de l’intelligence artificielle chez Microsoft France. Auparavant, j’ai occupé différentes fonctions Sales et Marketing dans le groupe depuis 2001. Je suis de formation Science Po et ESCP, et j’ai appris à coder en autodidacte »

Les trois cas usages de l’IA selon Thomas Kerjean de Microsoft

EL : “Quel est le positionnement de Microsoft concernant l’IA ?

TK : “Aujourd’hui, plus de 200 personnes en France travaillent auprès de nos clients autour de notre plateforme de cloud intelligent : Azure.

Notre vision est de vouloir augmenter les capacités humaines. Un positionnement relativement naturel pour Microsoft, au vu de notre modèle économique qui considère les données comme la propriété des clients… Nous ne vendons pas de publicité, ni de jours hommes, mais des outils pour aider nos clients à réinventer leur business.

7500 ingénieurs, data scientists, chercheurs composent notre division IA mondiale. Cet investissement ayant pour objectif d’injecter dans tous nos produits de l’intelligence artificielle, ce que l’on peut notamment constater au travers de Skype Translator par exemple, mais plus largement, notre ambition est que les développeurs inventent la prochaine génération d’applications et d’objets intelligents en s’appuyant sur notre plateforme Azure.

Nous mettons ainsi à disposition :

  • Des modèles de Deep Learning pour les data scientists
  • Des packages pour les développeurs avec plus de 30 API / Services cognitifs personnalisables. Nous les accompagnons dans cette spécification.
  • Une plateforme Cloud puissante au travers des datacenters qui stockent les données

EL : Peux-tu nous parler des principaux usages en matière d’IA chez Microsoft ?

Tout d’abord, les usages associés à la transformation de la relation client, notamment avec les chatbots. C’est le premier cas d’usage que l’on voit en France depuis 2017, avec l’enrichissement, l’augmentation et la simplification de la relation client. Pour exemple, une assurance qui va s’équiper d’un agent intelligent pour réaliser le premier niveau de traitement.

Pour favoriser l’adoption de ces bots, il est d’ailleurs nécessaire :

  • D’intégrer l’agent conversationnel dans un usage existant et d’éviter d’en créer un nouveau.
  • D’être transparent, en communiquant clairement sur son utilisation lorsque les clients interagissent avec l’agent intelligent.
  • D’entraîner l’algorithme avec des scénarios spécifiques. Plus le bot connaîtra son interlocuteur, plus le client sera satisfait.

Le plus difficile, c’est de se poser la bonne question. Si les données sont importantes, l’écueil le plus fréquent, c’est de partir sur une hypothèse qui est fausse. Le métier de data scientist comportera ainsi progressivement une dimension de plus en plus empathique et de moins en moins mathématique au sens strict.

L’invention de nouveau services ou produits intelligents, ou l’introduction d’une IA dans les produits existants définit le second usage. Nous allons voir nombre croissant de services ou d’objets enrichis d’intelligence artificielle.

Nous pouvons évoquer notre partenariat avec Publicis Groupe qui a pour objectif d’aider les marques à mieux prédire et analyser les expériences consommatrices. À titre d’exemple, la plateforme de veille marketing de SapientRazorfish, Cosmos A.I, offre davantage de couverture et d’activation grâce à Azure Marketplace. Accessible à toutes les agences du réseau mondial de Publicis Groupe, les clients peuvent ainsi tirer profit de l’IA pour apprendre, étudier et prédire les parcours des consommateurs en leur offrant les bonnes expériences au bon moment.

Leur collaboration avec un grand groupe de cosmétiques a ainsi permis de développer un diagnostic de peau qui a vocation à permettre des recommandations personnalisées en matière de cosmétique.

Nous avons également signé un accord avec Renault pour travailler sur les technologies du véhicule connecté nouvelle génération et sur des expériences de conduite inédites. On va ainsi déporter de l’intelligence directement sur l’objet.

Cette nouvelle tendance présentant des risques d’attaques, la sécurité va être capitale. Face au nombre croissant d’objets intelligents, il est nécessaire de proposer une chaîne de sécurité industrialisable.

Le dernier cas d’usage est le plus fréquent pour le monde de l’IoT pour l’instant : 70% des questions posées lors du SIdo 2018 portaient sur l’amélioration de process existants. Prenons l’exemple de Machine Pagès, pépite française spécialisée dans la construction de systèmes robotisés haute cadence. L’entreprise a produit des scénarios de maintenance prédictive allant jusqu’à garantir au client le rappel du produit défectueux. La recherche d’optimisation de processus est le type de scénario qui se décline de plus en plus dans différents secteurs comme la finance, la vente ou le marketing.

IA by Mircrosoft

EL : “Selon François De Rochebouët de la société Cartesiam, l’IA pourrait nous rendre plus humain, qu’en penses-tu ?”

TK : “C’est pour moi un outil, une invention d’une magnitude importante. Cela apportera beaucoup de bénéfices à des domaines comme la santé ou l’éducation. Les acteurs de l’industrie se doivent d’innover de manière responsable… L’Europe a un point de vue intéressant : comment va-t-on vraiment structurer l’innovation autour de l’intelligence artificielle ? C’est une vraie question.

Il s’agit de réfléchir à la manière dont on produit l’IA, ce qu’une société comme Microsoft pense au travers d’un comité d’éthique.

Il faut un regard structuré et pas seulement théorique alliant les différents acteurs industriels et les institutionnels pour s’assurer que l’on bénéficie de garanties véritables sur la sécurité, la confidentialité des données, la transparence par exemple.

EL : “Peux-tu nous présenter l’École de l’IA ?”

TK : Notre grand projet en France est de former 400 000 personnes en France sur trois ans pour faire monter en compétence des étudiants, des professionnels de l’informatique en entreprise. L’Ecole de l’IA est l’un des aspects de ce dispositif général. Elle a ouvert le 6 mars dernier en présence de Mounir Mahjoubi et d’Aurélie Jean. Nous avons créé en partenariat avec Simplon où les élèves ont vocation à devenir des professionnels du numérique autour de l’IA.

EL : “Merci Thomas et à bientôt à la Cité de l’Objet Connecté”