Julien Larfouillou - IoT
6 mars 2018

“Pourquoi suis-je en immersion à la Cité de l’Objet Connecté ?”

Si l'Internet des objets devient une technologie à la mode, il n’est pas facile de se lancer dans l’aventure IoT. Usage, électronique, conception… Les domaines de compétences nécessaires sont multiples et complexes. Julien Larfouilloux, responsable e-santé et IoT au sein de la direction recherche et innovation du groupe VYV, en sait quelque chose ! Actuellement en immersion à la Cité de l’objet Connecté, il nous présente les perspectives du groupe en matière de santé connectée. Il nous confie également que cela donne du sens à son travail de “se lever tous les matins pour trouver des solutions qui aident les gens.“

Emmanuelle Leclerc : « Bonjour Julien, peux-tu te présenter ainsi que le Groupe VYV ? »

Julien Larfouilloux : « Après 12 années en tant que responsable des études marketing et responsable de projets chez Harmonie Mutuelle, j’ai notamment travaillé sur le site www.guide-sante-connectee.fr, mes activités ont été transférées depuis octobre 2017 au sein du Groupe VYV et amplifiées sur le côté IoT.

J’ai ainsi pour mission de travailler sur des programmes de projet e-santé avec une composante Internet des objets, au sein de cette Union Mutualiste de Groupe (UMG). Ce groupe est une forme de holding propre au secteur social et solidaire, rassemblant différentes entités comme Harmonie Mutuelle, MGEN, MGEFI, MNT…

Sous cette bannière sont rassemblés des acteurs spécialistes de la protection sociale, mais également des établissements qui proposent du soin, des biens médicaux, des prestations médico-sociale…  »

Santé connecté - Groupe VYV

EL : « En tant que mutuelle, remboursez-vous les objets connectés e-santé ? »

JL : « Sur le principe, nous sommes une complémentaire santé, de ce fait, dès lors que la sécurité sociale ne rembourse pas, nous ne pouvons pas le faire. Si des objets connectés ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, nous n’avons à priori aucune possibilité de les rembourser.

Cependant, Harmonie Mutuelle reste précurseur dans le remboursement encadré d’objet connecté notamment grâce à la création d’un pack dédié à la prise en charge d’auto-tests tels que des tensiomètres, glucomètre ou décimètre de pointe, qu’ils soient connectés ou non. Nous validons le remboursement même si la sécurité sociale ne prend pas en charge ces besoins.

Nous avons fait le choix de couvrir ces dispositifs médicaux liés à des maladies chroniques associées comme l’hypertension, le diabète et les problèmes respiratoires. Nous avons ainsi choisi d’évaluer pour mieux comprendre et rembourser ce qui parait le plus pertinent. »

EL : « Peux-tu nous expliquer ton immersion à la Cité de l’Objet Connecté ? »

JL : « Je connais beaucoup de startups et maîtrise les usages des objets connectés dans le domaine IoT, mais techniquement je suis un novice…  Comment sont-ils  fabriqués ? Quelles étapes sont indispensables ? Comment éviter certaines erreurs de conception ?

En décembre 2017, cinq d’entre nous ont ainsi suivi deux jours d’acculturation au sein de la Cité de l’Objet Connecté. L’objectif ? Favoriser une meilleure transmission de compétence en interne, participer à la transformation digitale du groupe et comprendre l’IoT de l’intérieur ! Nous avons cherché à acquérir des notions techniques pour dépasser la perception d’un simple bénéfice utilisateur. En ayant des connaissances techniques, je suis plus vigilant quant à la fiabilité d’un produit et plus à même de signer un éventuel partenariat avec une startup que l’on pourrait, à terme, intégrer dans nos offres.

Ce fut une vraie chance de découvrir l’IoT à la Cité de l’Objet Connecté, qui a d’ailleurs été capable de personnaliser les échanges en fonction des niveaux de connaissances de chacun.

Si on a trouvé ce qu’on était venu chercher en mettant les mains dans le cambouis, cette “formation” n’était pourtant qu’un élément déclencheur : deux jours d’acculturation ne sont évidemment pas suffisants pour devenir un expert !

Je me suis donc installé à la Cité de l’Objet Connecté pour continuer mon apprentissage et monter en compétence en matière de conception. En étant totalement immergé dans l’univers maker, je me suis challengé sur le plan technique, mais également sur de nouvelles méthodes de travail. Je découvre des façons de gérer un projet et d’y intégrer une composante électronique, ainsi qu’une vraie agilité dans la conduite de projet, une question importante lorsque l’on travaille dans un grand groupe…»

EL : En quoi consiste le guide de la santé connecté et à qui s’adresse-t-il ? »

JL : « Il permet d’évaluer des objets connectés bien-être ou des dispositifs médicaux  par des médecins, au niveau de leurs usages et de leur fiabilité. C’est actuellement le seul site Internet grand public gratuit qui propose ce genre d’étude, compréhensible par tous.
On décrypte également les conditions générales d’utilisation de ces solutions pour savoir où vont les fameuses données personnelles. Si on analyse les objets connectés du côté utilisateur, il nous manque encore le point de vue technique permettant de comprendre la fabrication de ces dispositifs. Cet angle “conception” sera donc prochainement intégré à de futures évaluations.

EL : Le Groupe VYV a-t-il sorti un objet connecté ?

JL : « Nous pouvons évoqué “Harmonie Live,” un service de téléassistance porté par Harmonie Mutuelle en partenariat avec Orange depuis 2016. La téléassistance étant un domaine très encadré, nous avons créé une structure juridique pour la distribuer qui s’appelle “Novaxès

Le Groupe VYV structure le développement stratégique des nouvelles activités sur différents axes, l’un étant l’IoT. Aujourd’hui, plusieurs projets sont lancés pour répondre à certaines préoccupations, comme par exemple  la santé environnementale avec les questions de pollution extérieure, mais également intérieure. L’idée étant d’intervenir en amont sur certaines sources de maladies, pour réduire les soins qui pourraient être évités. Notons que la question du handicap nous interpelle, et réfléchissons actuellement à une solution de rassurance pour toutes les personnes qui se sentent fragiles dans leur mobilité.  

La MGEN a par ailleurs lancé Vivoptim, un programme e-santé inédit pour prévenir et accompagner le risque cardiovasculaire, qui s’appuie entre autre sur des tensiomètres connectés ou des montres d’activité par exemple. Tout d’abord en expérimentation sur deux régions, le programme est en réflexion pour être étendu plus largement. »

EL : « Le premier médicament connecté est en passe de commercialisation aux États-Unis, est-ce un premier pas vers la médecine de demain selon toi ? »

JL : « C’est toujours compliqué d’être pionnier dans un domaine… Lors de l’émergence de la médecine allopathique, il n’était pas plus naturel d’avaler une gélule ou de se soigner avec de la “poudre” ! Bien qu’il soit un peu plus aisé de lancer un dispositif médical aux Etats-Unis qu’en France, la mise sur le marché est tout de même fortement contrôlée par les autorités fédérales. Sur ce cas précis, c’est le côté “flicage” et donc éthique de cette innovation permettant de contrôler la prise qui me dérange le plus. La technologie devrait se mettre au service du patient et non des autorités de contrôle… Mais ceci est un autre débat ! »