L’industrie voit loin avec Hiboo !
2 mai 2018

L’industrie voit loin avec Hiboo !

L'IoT serait-il la nouvelle clé d'anticipation de l'industrie ? C’est le postulat d’Hiboo, cette nouvelle startup accompagnée par la Cité de l’Objet Connecté. Si l'internet des objets est l'un des principaux vecteurs de la transformation numérique des entreprises, il explose actuellement dans le secteur industriel. Notre rencontre avec Clément Bernard, le co-fondateur de la société, est l’occasion de mieux comprendre cette appétence du B2B pour les objets connectés.

Emmanuelle Leclerc : “Bonjour Clément, peux-tu te présenter en quelques minutes ?”

Clément Bénard : “J’ai une carrière tournée software, industrie et marché. J’ai notamment travaillé chez de grands éditeurs comme Oracle et Adobe, où j’étais responsable des comptes stratégiques sur la partie business. Après 10 ans au sein de ces grosses structures, j’ai ressenti une soif de liberté que j’ai fini par exprimer en créant la startup Hiboo. Je suis un des trois cofondateurs et à l’initiative du projet avec François Jacob et mon frère, Charles Bénard.

Pour la petite histoire, l’idée m’est venue suite au vol de ma moto… Je me suis renseigné à l’époque pour y intégrer un système de géolocalisation abordable grâce aux réseaux basses fréquences (LPWAN). Nous avons alors développé un premier objet connecté que nous pensions dédié au grand public mais très vite nous avons pris conscience des besoins d’Asset Monitoring dans l’univers industriel.

EL : “Peux-tu pitcher Hiboo ?”

CB : “Nous livrons une plateforme de pilotage (en SaaS ou via notre API) à destination des industriels alimentée en données en temps réel par nos objets connectés déployés directement sur des actifs industriels. Nous allons de la captation de la donnée terrain à la restitution de la donnée traitée ; nous sommes à l’origine autant de l’objet connecté que de notre plateforme de pilotage. Celle-ci permet de connecter des milliers d’objets et fonctionne selon un mode d’alertes définies en fonction de comportements normaux ou anormaux.

L’objet contient de nombreux capteurs tels qu’une puce GPS, un accéléromètre, une sonde de température, un capteur à effet Hall… Cela nous permet de mesurer l’usage, l’inclinaison, les chocs ou la présence d’une force magnétique.  L’objet en lui même est un outil ; notre valeur ajoutée, c’est d’apporter la bonne donnée, au bon endroit, à la bonne personne.

Nous sommes actuellement basés à Paris au sein de l’incubateur Télécom Paris Tech et accompagnés par la Cité de l’Objet Connecté sur la partie technique.”

EL : “Avez-vous des exemples concrets d’utilisation à nous présenter ?”

CB: “Prenons le secteur du BTP : nous proposons de connecter des engins de chantier tels que des grues, des conteneurs, des remorques, des générateurs électriques… L’objectif ? Améliorer leurs opérations de manière qualitative ou réduire les coûts. Nous voulons être le “Hiboo” des industriels, à l’image de l’oiseau qui voit loin et à 360°. Notre solution permet d’avoir une vue d’ensemble des événements terrains, information très précieuse pour les industriels.

Dans un cadre agroalimentaire, les bacs contenant les denrées périssables nécessitent une traçabilité. Ne pas rompre la chaîne du froid est un objectif primordial : le camion est réfrigéré, le hangar également, mais que se passe-t-il entre les deux ? Avec Hiboo, s’il y a une variation de température dans un des bacs, vous êtes alertés !

Nous collaborons également avec des loueurs industriels. S’ils souhaitent bien évidemment savoir où se situent leurs matériels, ce qui les intéressent encore plus, c’est mesurer le taux d’usage de leurs matériels afin de pouvoir adapter leurs facturations. Sans compter que Hiboo leur permet d’assurer un suivi et de déterminer si l’actif industriel est bien utilisé dans le cadre du contrat.”

EL : “Pourquoi avoir principalement choisi un réseau basse fréquence ?”

CB : “Lorsque l’on travaille avec des réseaux LPWAN, il y a de nombreux avantages, mais également des contraintes importantes. Les zones blanches ou zones non couvertes par le réseau sont par exemple problématiques. Les situations de mobilité avec l’effet Doppler sont également complexes à gérer, l’information pouvant être corrompue avec la vitesse.

Pour mieux gérer ces problèmes de pertinence, nous avons mis au point deux innovations majeures pour lesquelles nous déposons un brevet. Nous communiquerons plus en détail sur nos innovations dès les dépôts de brevet effectués.

EL : “A quel stade de développement en êtes-vous ?”

CB  : “ Nous déployons actuellement des tests pilotes dans des grands groupe (50 à 100 unités), et visons le lancement officiel de notre commercialisation courant septembre.”

EL : “En quoi la Cité de l’Objet Connecté vous aide-t-elle dans la réalisation de ce projet ?”

CB : “Nous avions des savoir-faire et expertises au niveau software, digital, et marché. Par contre, en hardware, on s’est lancé sans avoir de compétences. La Cité de l’Objet Connecté fut un pilier pour nous guider dans la réalisation, que ce soit pour le module en lui-même, tout le design, l’ergonomie ou la structure interne. Où met-on la batterie ? Quelle distance entre les parois et l’antenne ? Comment faire un objet étanche et résistant ? Toutes ces problématiques et bien d’autres ont été solutionnées à la Cité.”

EL : “Pouvez-vous nous parler de l’API Hiboo ?”

CB : “On met à disposition un connecteur qui va permettre d’incrémenter d’autres objets connectés. Prenons l’exemple des aéroports de Paris qui travaillent avec l’opérateur télécom HubOne. Un besoin de suivi du matériel situé sur le tarmac s’est fait ressentir. Dans ce cas, nous donnons la possibilité de plugger nos objets via notre API sur la plateforme existante.

L’inverse est également possible. On discute actuellement avec Bouygues construction qui achète certains matériels déjà équipés de capteurs avec une plateforme prédéfinie, ce qui devient vite impossible à gérer. Hiboo, au travers de son API, peut aussi réceptionner et agréger les données de tous les objets connectés présents dans un parc.”

EL : “La sécurité de l’IoT est souvent pointée du doigt, comment avez-vous travaillé la question ?”

CB : “Le réseaux Sigfox est déjà sécurisé en tant que tel. Il y a donc deux failles potentielles : l’objet ou le serveur.

Dans notre objet, le code embarqué ne peut être lu sans l’autre bout de l’algorithme présent au sein du serveur. Si le message est ainsi intercepté, il sera illisible.
Côté serveur, on travaille avec la société Heroku, utilisée par Salesforce. Bien que le risque zéro n’existe pas, on a tout fait pour s’en rapprocher.”

EL : “Merci Clément et à bientôt à la Cité de l’Objet Connecté ! ”