Alain Tixier, inventeur de « Viktor », le coussin connecté au service des personnes en perte de mobilité et d’autonomie.
8 août 2017

Viktor, un coussin connecté au service de vos grands-parents !

La moyenne d'âge de la population française avance chaque année, c'est un fait. L’INSEE prévoit un doublement du nombre de personnes âgées de plus de 85 ans sur la période 2005-2020. L’idée d’aider cette population paraît ainsi des plus actuelles ; elle fut quoi qu’il en soit très naturelle pour Alain Tixier, inventeur de Viktor, le coussin connecté au service des personnes en perte de mobilité et d’autonomie. Confort, bien-être et bienveillance sont les maîtres mots d’un projet des plus prometteurs. Rencontre.

  • Bonjour Alain, peux-tu te présenter en quelques minutes ?

Alain Tixier, quinquagénaire, natif de Fréjus (83), mais présent dans la région d’Angers pendant près de 20 ans… Je suis chimiste de formation, et ancien employé chez Pfizer pendant une dizaine d’années. Pendant les 8 années suivantes, j’ai été producteur de spectacles et depuis quelque temps, je me présente comme inventeur autodidacte de systèmes interactifs. J’ai par ailleurs un attrait pour le social et une formation de moniteur-éducateur de jeunes enfants.

  • Peux-tu présenter la société Fingertips et pitcher ton produit Viktor ?

Fingertips signifie « effleurer du doigt » ; c’est à l’image de toutes les technologies que l’on développe, c’est à dire des produits capacitifs, sensitifs et interactifs.

En parallèle, la perte d’autonomie de ma mère âgée m’a convaincu de me lancer dans ce nouveau métier que l’on nomme « Aidant ». Je me suis lancé dans la recherche de solutions pour améliorer son quotidien et me faciliter la tâche en tant que fils, père de famille, ayant une activité professionnelle.

J’ai progressivement pensé à quelque chose à mettre sur ses genoux : un coussin connecté me paraissant le plus judicieux, car une tablette n’étant pas adaptée avec son arthrose et ses problèmes de vue. J’ai donc cherché à contribuer à adapter notre société aux personnes âgées et non l’inverse, en tenant compte que la télévision est encore le média utilisé par cette population.

Ma mère devient en quelque sorte mon cobaye, avec beaucoup de gentillesse et de bienveillance, bien entendu, avec des échanges du type :

  • « Est-ce que ton coussin est confortable ? »
  • « Oui, en plus il me tient chaud aux genoux » !

Quand je lui parle de téléassistance ou de médaillons, ça la rebute un peu et ma seule obsession, c’est de lui apporter des services qui ne lui fassent pas peur. « Fingertips » se focalise donc sur ce domaine d’activité et en juin 2015, je fais ma première levée de fonds qui me permet de structurer le MVP (Minimum Viable Product).  

J’ai, au final, un parcours assez similaire à tout entrepreneur : j’ai eu une idée de solution, qui répond à des besoins non satisfaits et on se doit y répondre. Il m’aura fallu deux ans de développement pour arriver au premier coussin fonctionnel.

Le département de l’Ain et la rencontre du député et conseiller départemental Damien Abad, m’ont fait prendre conscience que la perte d’autonomie est un handicap et que Viktor répond à un panel de personnes beaucoup plus large que ma mère dans sa perte d’autonomie. Je signe ainsi mon premier contrat pour expérimenter 30 coussins connectés aux alentours de Bourg-en-Bresse. Dans la foulée, le département du Puy-de-Dôme en entend parler et suite à un appel à projets que l’on remporte, nous expérimentons 50 coussins.

Je suis parti d’un prototype très amateur. Il faut savoir qu’à l’époque j’avais un coussin de canapé, avec une plaque en plexiglas imprimée, avec des scratchs, sans électronique… Les élus ont donc fait confiance à un projet qui en était à son balbutiement ! Le processus fut long et fastidieux, mais hyper motivant.

La première levée de fond s’est faite en « Love Money » via mon entourage, la seconde m’a permis de réaliser et livrer 80 coussins fin 2016. On en est aujourd’hui à 200 coussins. On vient de remporter l’appel à projets de la CNAV avec une centaine de Viktor à déployer dans des communes de l’Ile-de-France et Paris. C’est une belle récompense et une véritable reconnaissance !

  • Peux-tu nous préciser davantage le fonctionnement de Viktor ?

Viktor à la BFM Academie

Il s’agit d’un coussin connecté directement à la télévision en Bluetooth. C’est une télécommande intelligente, fonctionnelle qui peut s’adapter à tous types de handicaps. Posé sur les genoux, il est confortable, lavable, stérilisable, incassable…

Pour citer quelques-unes de ses fonctionnalités :

  • Bouton « Famille »  : le lien intergénérationnel est géré via un capteur « famille » permettant de lancer des discussions Skype, lire ses mails, ou voir des photos des petits enfants
  • Bouton « loisirs » : permet de lancer la lecture de livre audio via la télévision (environ 4000 heures de livres sonores)
  • Bouton « recettes » : permet d’afficher des recettes en lien avec un nutritionniste
  • Bouton « smarthome » : pour éteindre, via un seul bouton, tout ce qui peut présenter un risque électrique la nuit
  • Bouton “service à la personne” : permet d’afficher un menu de service proposé par différentes associations ou entreprises.

Je tiens à souligner que Viktor est fabriqué et assemblé en France à 100/%, via une production locale en collaboration avec des ESAT (Établissements Sociaux d’Aide par le Travail) et des établissements pénitentiaires de femmes. Ce sont les deux modes de production que je souhaite développer au niveau national.

  • Qu’est ce que le CES 2017 t’a apporté ?

Alain Texier et Christophe Béchu au CES2017

Christophe Béchu, Maire d’Angers et Alain Tixier, inventeur du coussin connecté, Viktor

Le CES 2017 nous a apporté essentiellement de la visibilité et une notoriété internationale. Viktor avait remporté le concours French IOT sponsorisé par le groupe La Poste, ce qui nous a permis d’accéder à ce programme d’accélération (bootcamp, coaching personnalisé, et un stand au CES 2017) c’était donc très impactant. J’ai par ailleurs retrouvé, Christophe Béchu, Sénateur Maire d’Angers lors du salon, j’étais agréablement surpris de voir qu’il se souvenait de nous et cette rencontre a renforcé ma volonté de travailler avec Angers pour développer le produit Viktor. Dans les faits, c’est une semaine un peu folle, des souvenirs extraordinaires, et plus de 150 articles dans la presse.

Maintenant, ce qui a généré le plus de retombées, c’est le Concours Lépine et je ne m’y attendais pas du tout ! On a eu plusieurs télévisions, des articles dans les Échos, Challenge, un reportage sur France 3 National… C’était un vrai déclic de perception pour le produit. Depuis, de nombreux EPAD nous ont appelés pour en savoir plus, ils auraient des projets d’appartement-témoin, avec Viktor comme télécommande de l’ensemble.

  • Et la BFM Académie ?

La BFM Académie est un boost assez impressionnant. Il y avait 500 candidats au départ, 50 retenus puis 12 (dont Eisox)  puis 4 et on a fait parti de cette aventure jusqu’à la fin. On a perdu en finale contre « Wefarmup », une plateforme de mise en relation d’agriculteurs et de paysans pour trouver du matériel. J’étais vraiment content pour eux, car je retrouvais un côté social dans leur invention.  Cela donne confiance, et a permis de réaliser notre troisième levée de fonds, qui s’est soldée par 1,2 million d’euros. C’est enfin des moyens pour aller beaucoup plus loin !

  • En quoi la Cité de l’Objet Connecté vous a aidé dans votre réalisation ?Viktor, le coussin connecté au CES 2017

Grâce à la Cité de l’Objet Connecté, nous venons de terminer un brief fonctionnel et technique de la solution, cela nous a permis de figer le produit, de mettre en lumière ses problématiques et d’envisager ses améliorations. Je sais qu’il y a les compétences pour lancer mon projet ici. À présent, nous allons pouvoir travailler sur la réalisation d’une « version 2 » de Viktor suite aux dernières expérimentations. Nous sommes en route vers l’industrialisation du produit.

  • Comment voyez-vous votre société dans 5 ans ?

C’est une demande de mes investisseurs donc c’est assez facile d’y répondre : nous souhaitons devenir un leader des services d’aide à la personne via de l’aidant numérique adapté. À terme, on espère également une position sur l’Europe et éventuellement aux États-Unis.

  • Un conseil d’entrepreneur pour de futures startups ?

Croire en soi, avoir confiance en son projet, être bien entouré, être déterminé, prendre les échecs comme des marches d’un escalier qui mènent au succès.

Pour en savoir plus